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Sic Transit Gloria Mundi

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14 novembre 2015

Qui est l'Ennemi


Cette question est bien plus qu’un enjeu sémantique . Les stratèges militaires, depuis l’époque de Sun Tsu, ont identifié que la première règle de la guerre est de connaître notre ennemi si nous voulons le vaincre.


Nous nous trouvons dans le contexte particulier d’un conflit entre des mouvements terroristes de nature transnationale, qui ont instrumentalisé et perverti un message religieux en un discours politique et guerrier de haine, et une coalition hétéroclite à géométrie variable composée des puissances occidentales et russe, et de forces régionales soit directement partie aux conflits soit frontaliers et impactés par les effets collatéraux de ceux-ci. La sphère de ce conflit asymétrique s’étendant dans un arc géographique allant du Sahel aux rives de l’Euphrate et de la Méditerranée, mais se matérialisant aussi dramatiquement dans les attentats sur le sol européen ou turc, et dans les mouvements migratoires qui déstabilisent l’Union Européenne.


Or, il nous apparaît que le principal ennemi de cette guerre ; qui se livre autant dans sa dimension idéologique que sur le terrain des opérations , autant sur des champs de bataille de l’espace social et virtuel que dans ses aspects matériels ; est et sera d’abord et avant tout nous-mêmes. Il faut considérer que ce conflit est non celui de civilisations antagonistes mais se livre sur le terrain des idées entre un idéal démocratique et une barbarie totalitaire, un idéal démocratique qui intègre plus qu'il ne ségrègue, qui joue de la dimension du facteur religieux plus que de s'en effrayer, pour offrir une vraie alternative à un délire mystico-apocalyptique, non un contre-discours mais un vrai discours.


On évoque ici le penseur John Millar qui définissait la civilisation comme une politesse de mœurs, conséquence des conditions d’abondance et de sécurité. Des conditions et non des valeurs, qui sont l’essence d’une civilisation. Or une société ayant comme uniques valeurs la sécurité et l’abondance ne pourra rivaliser avec un idéal spirituel même perverti et se détruira elle-même.


Or c’est le choix qui s’offre à nous, et nous transforme en nos propres ennemis, détournant nos forces en faiblesses. Malgré l’exemple des désastres d’antan et d’ailleurs, et cette conviction intime que nous ne pourrons gagner qu’en opposant un idéal plus grand, ou une grandeur plus idéale, et je n’évoque de question de foi mais bien la conviction que les idéaux de la laïcité et de la conviction religieuse peuvent et doivent coexister et s’épanouir et dans et hors des frontières de l’occident.


Nous abordons ce conflit dans une logique centrée sur ses aspects sécuritaire et militaire, ou pire économique, mais bien que partisan du droit si possible mais du fer si nécessaire, je sais qu’il nous faut comprendre l’adversaire, ses motivations et ses convictions et les raisons de l’adhésion de certains de nos propres citoyens à rallier ce nouveau millénarisme guerrier.


Nous nous devons de comprendre les motivations de l'adversaire autant que nous devons comprendre et analyser les nôtres, et ceci doit passer par un véritable débat démocratique et stratégique sur nos buts de guerre et l'adéquation de nos moyens et de nos politiques; alors qu'il semble que nous avançons actuellement de crise en crise en réagissant au mieux dans un cadre opérationnel, certes bien exécuté et appuyé sur un avantage technologique et tactique considérable, mais sans que l'on puisse percevoir ni une stratégie militaire à plus long terme, ni un dessein politique sur notre place et notre relation avec les régions en conflit.


Avec l'avantage d'une longue relation historique avec les régions concernées, des alliés locaux et des ressources nombreuses aptes à analyser, comprendre, et nous renseigner sur nos opposants, nous semblons préoccupé essentiellement par des logiques comptables de nombre de frappes et de niveau de perte. Tout en communiquant activement sur nos limites et nos stratégies limitées. Avant même de combattre nous avons renoncé. Alors qu'il nous faudrait livrer une guerre autant psychologique que matérielle, aussi politique que militaire, autant idéaliste que pragmatique .


Car à ne livrer une guerre que selon les termes qu’ils nous imposent et sur des terrains réels ou médiatiques qu'il se choisit, du fort au faible en les transformant en martyrs, en jouant de leurs divisions, en combattant sans convaincre, nous risquons non seulement de perdre cette guerre, ici et là-bas, mais d’y perdre les raisons de nous battre, de nous perdre nous-mêmes, sacrifiant notre liberté à notre sécurité, jouant par nos amalgames et nos raccourcis dans le jeu de l'adversaire, d’être finalement notre propre ennemi.

 

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4 octobre 2015

On the American Constitution

“A government of laws, not of men”

how the U.S. Constitution provides for “a government of laws.”

The idea behind this statement is to ensure that the American ideal of individual freedom will be better ensured and protected by the rule of law than by the rule of men. As such the US Constitution, at the basis of the US legislative system should ensure that lows governed the people and not any men, being a providential leader or an assembly or some part of the social corpus. We can retrieve the same willingness in protecting citizens by legal guarantees and legal limitations of powers, in the check and balance system and the separation of powers, as well as the specific role of the Supreme Court, that I will developed in the second section. The choice of the US founders was to ensure this prevalence of the individual and inalienable rights of the citizens, reflected in laws that put those rights above the powers of any rulers and any form of government. This hierarchy shaped the structure and social rules of the American society, different from previous forms of republics and democracies where the relations where defined by men and institutions of power and not by laws.

which feature of the Constitution is most important in providing for “a government of laws.”

In our view the role and powers of Supreme Court within the judicial branch is the highest feature that institutes a government of laws; the role and power of the Supreme Court and the judicial branch of the federal government is briefly described in Article III of the Constitution, but it is in practice along the years, by its judgments and statements that the Court has enforced its role . The Supreme Court has two fundamental roles: to interpret all congressional enactments brought before it in proper cases and to examine federal and state laws and executive actions to determine their conformity to the U.S. Constitution. The greatest achievement in the system is these decisions, being against or in favour of the local laws, are not confined to the specific cases, but are intended to guide legislators and executive powers; shaping the interpretation and development of the US legal corpus and legislative framework. This, among other sources, flowered the American Constitution and the parliamentary democracy that we enjoy today. Meanwhile the Supreme Court, as all parts of the institutional architecture of check and balances, has many constitutional limitations on its powers, this to ensure no interference with the two other branches that could involve it in political disputes and weaken its role of supreme ruler , and to ensure we live under a government of laws and not a government of judges. We could note that along the years, and aside of the constitutional built-in limitation features, a self-imposed restriction prevails with rare exceptions. As the final arbiter of the US Constitution, the Supreme Court is charged to ensure the American people benefit from equal justice under law and acts as both guardian and interpreter of the Constitution. As such the Supreme Court only judge on major constitutional matters and issues, those ones that could shape and influence on a long term the framework of US laws, and to the safety and wellness of the US citizens.

14 novembre 2014

In memoriam - Le Traité de Versailles de 1919; paix de compromis ou armistice de vingt années ? Deuxième partie

4- Du point de vue stratégique: 

La négociation du traité de Versailles est contextuellement irrationnelle, faite d’enjeux symboliques pour les uns et idéalistes pour les autres. De part les objectifs politiques divergents, le niveau de confiance entre les principaux négociateurs est faible, et va se dégrader au cours des négociations. Il faut aussi souligner l’influence des absents à la négociation: le contexte d’un vide de pouvoir et du chaos dans une partie de l’Europe, suite à l’effondrement des empires Russe, Ottoman, Allemand, et Austro-hongrois.

Les Américains remettant en cause des traités franco-britanniques antérieurs sur base du principe de Wilson de transparence, les Européens soupçonnant les Américains de masquer les visées sous des idéaux, les Britanniques voyant une menace pour leur commerce et leur Empire dans chaque autre partie, et la France se sentant abandonnée par les Britanniques et les Américains face aux menaces de résurgence de la puissance allemande.

4.1 Ce problème de confiance entre les négociateurs, et les enjeux propres à chaque partie permet d’appliquer le dilemme du prisonnier dans ce cas de figure. Malgré leurs divergences, les quatre ont pu surmonter ces enjeux et arriver à un compromis sur le texte qui a pu être présenté ensemble à l'Allemagne, puis par la suite aux autres puissances centrales (la clause sur la Société des Nations sera ainsi intégré dans chacune des négociations suivantes avec la Turquie, la Hongrie et l'Autriche).

La négociation séparée d'un traité bilatéral avec l'Allemagne n'aurait apporté qu'un avantage moindre à chacune des puissances alliées, et aurait ensuite affaibli les positions de chacun dans les traités de paix ultérieurs. A contrario, on remarque que les alliés ont bénéficié de la dissolution de l'alliance des puissances centrales et d'intérêts divergents, ils ont dissocié les armistices et les traités. En imposant de négociations séparées à chaque puissance centrale, ils ont ainsi bénéficié d'une position de force.

Une stratégie de coopération s'est donc bien établie entre les Alliés, malgré les tensions et la pression de la crise en Europe, entre les quatre puissances, afin d'optimiser les gains de la négociation. Et en considérant que la peine maximum encourue en cas d'échec et de non coopération allait du traité de paix séparé jusqu'au chaos voire la reprise des hostilités, le résultat de Versailles était un optimum pour chaque partie alliée.

Chacun en retirant au moins une victoire symbolique à vendre à son opinion, la Société des Nations pour Wilson, le Tyrol italien pour Orlando, pour la France l'Alsace-Lorraine et l'occupation de la Sarre, les réparations de guerre et les colonies allemandes pour Lloyd George.

4.2 On retrouve des éléments de posture et de prise de risque au cours de la négociation. Au début de mars 1919 lorsque Wilson menace de quitter la négociation et de retourner aux Etats-Unis si on dissocie la convention sur la Société des Nations du corps du traité; à la mi-mars 1919, quand Orlando tente un coup de force en faisant débarquer des troupes à Andalia et envoie une force navale devant Smyrne, puis se retire en avril de la négociation, ce qui va échouer et encore affaiblir la position italienne.


Et dans la dernière phase des négociations quand le texte fut proposé à l'Allemagne, qui refusa d'abord et se vit soumise à un ultimatum qui promettait une acceptation ou l'intervention armée des alliés aux autorités allemandes.

Les forces alliées disposaient bien d'un plan d'intervention, et de leurs positions avancées sur le Rhin ils pouvaient menacer rapidement le centre et le sud de l'Allemagne (même si on doute de la volonté politique des alliés d'aller à cette période en pleine démobilisation d'aller jusqu'à la reprise de la guerre). Face à eux l'Allemagne, affaiblie est divisée politiquement est en proie à des insurrections à Berlin et en Bavière, elle ne disposait guère d'option militaire viable comme alternative à une signature sous la contrainte.

4.3 Le tableau ci-dessous reprend les enjeux et relations stratégiques entre six grandes parties à la négociation.

Les Américains mettent en avant la nécessité d’un nouvel ordre mondial et une nouvelle théorie des relations internationales, et balayent le modèle européen d’équilibre des forces et de traités secrets entre puissances. Ils se présentent comme puissance associée et non alliée. Paradoxalement c'est la guerre qui les a transformés en grande puissance militaire et politique.

Les Britanniques veulent protéger leur commerce et leur Empire, gérer les attentes politiques de leurs Dominions, rétablir un équilibre des forces en Europe, et se protéger du bolchévisme. Ils ont bénéficié de la disparition de deux rivaux, Russie et Allemagne en 1917 et 1918.

La France doit se protéger de la puissance allemande, elle sort ruinée de la guerre (pertes humaines, dettes contractées envers les alliés et destruction de la plus grande part de ses ressources minières et agricoles) et reste exposée sur ses frontières terrestres.

Les Italiens qui visent à atteindre un statut de grande puissance, sortent de la guerre avec une réputation militaire nulle, et appuient leurs revendications sur le traité de Londres, signé en 1915 avec la France et la Grande-Bretagne, mais sans avoir les moyens politiques de leurs ambitions

La Russie, est sortie de la guerre lors du traité de Bretz-Litovsk, très avantageux pour l’Allemagne, et est plongée dans une terrible guerre civile. Avec des contingents alliés, déployés en plusieurs points de son territoire. Mais la force des idées bolcheviques dépassent les frontières, atteint la Hongrie et l'Allemagne, et influencent les stratégies des négociateurs.

L’Allemagne, est sortie de la guerre suite à la signature d’un armistice qui a pour base les Quatorze points proposés en Janvier 1918 par le président Wilson. Elle sort de ce conflit affaiblie, fait face à des sécessions communistes, à l'épidémie de grippe espagnole et des pénuries alimentaires, et ne dispose plus ni de flotte de guerre ni de colonies.

 

5- Du point de vue comportemental: 

La négociation du traité de paix de Versailles fut grandement influencée par les relations et personnalités de ses principaux négociateurs : Woodrow Wilson pour les Etats-Unis, Georges Clémenceau pour la République Française, Lloyd George pour l’Empire Britannique et Vittorio Orlando pour le Royaume d’Italie.

Bien qu'entouré de leur équipe de conseillers, l'essentiel des négociations fut conduite à partir d'avril 1919 en personne par ces premiers ministres et présidents, en écartant les diplomates professionnels et leur ministre des affaires étrangères. Ce sont donc des personnes, plus que des Eétats, qui conduisirent la négociation de ce traité et redécoupèrent la carte du monde. La forte personnalité des acteurs de la négociation, leur vécu avant et pendant la période de guerre, la difficulté de leurs relations mais aussi les rivalités politiques internes et le poids des opinions publiques qu'ils durent affronter durant ces quelques mois font modeler leur position.

Les réunions quotidiennes des trois derniers mois de la négociation, dans un contexte intérieur et international tendu, vont créer une étrange atmosphère, une relation de confiance par intérêt mutuel et par respect qui s'est établie, du moins entre Clémenceau, Lloyd George et Wilson. Si aucun n'a semblé s'apprécier humainement, il respectait leurs qualités politiques, et la nécessité d'aboutir à un compromis acceptable pour une paix stable.#

Clemenceau fait face à la rivalité du Président Poincaré et du maréchal Foch, et à une opinion exigeant des réparations et la sécurité pour les générations futures. Il est profondément marqué par son parcours personnel, il était député lors du siège de Paris en 1870 et a été un des artisans de la victoire française. En 1919, il bénéficie d'une popularité énorme et d'une forte position au parlement, cette négociation sera pour lui un enjeu personnel et son testament politique.

Après un siècle de conflit et de rivalité avec l'Allemagne qu'on peut faire remonter à 1814, il sait qu'il devra négocier une paix de compromis avec une puissance plus peuplé et plus puissante, et équilibrer le rapport de forces et les alliances maintenant que la Russie a sombré dans le chaos. Son objectif est de garantir la sécurité des frontières, en les démilitarisant du côté français et en s'alliant aux nouveaux pays apparus à l'Est, notamment la Pologne et la Tchécoslovaquie, en vue de recréer un pendant à l'alliance russe de 1914.

Il considérera Wilson comme un idéaliste, un homme de conviction qui peut s'avérer intraitable. Il voit dans Lloyd George un homme rusé et changeant, un politicien habile mais qui défendra toujours son intérêt personnel et celui de l'empire britannique avant tout. Il traite Orlando avec un certain mépris, ne supportant pas ses sautes d'humeur et se méfiant des ambiguïtés de la position italienne.

Wilson, est marqué par son éducation religieuse, son passé d'universitaire et ses grandes aspirations morales. La négociation est pour lui un instrument pour réformer et rebâtir l'ordre du monde. Il a souvent négligé les enjeux de la politique intérieure, n'intégrant par exemple aucun républicain à l'équipe de négociateurs à Paris. Son idéal de paix mondiale, notamment le pacte de la Société des Nations, devient graduellement une obsession personnelle, qui lui empêche tout compromis ce qui sera une des causes de non ratification du traité par les Etats-Unis.

Cabot Lodge, son rival républicain va s'appuyer sur la tendance isolationniste et la majorité républicaine sortie des élections au congrès, pour mener campagne contre ses idées de Société des Nations. Affaibli politiquement et fragilisé, Wilson tentera une dernière campagne à travers les Etats-Unis pour en appeler au peuple américain, mais abattu par une attaque cérébrale, il finira son mandat sur un échec politique et handicapé par les séquelles de sa maladie. Finalement les Etats-Unis n'adhéreront ni à la Société des Nations ni au Traité de Versailles.

Orlando est un politicien expérimenté mais qui doit gérer une relation tendue avec son ministre des affaires étrangères Soninno, et en tenant compte des exigences nationalistes de son opinion publique. Le poids politique et économique faibles de l'Italie, encore entaché par ses médiocres performances militaires au cours de la guerre, ne lui permettra pas d'imposer ses vues. Son caractère irritable et ses coups de force l'affaibliront encore plus. Son objectif principal est d'obtenir des gains territoriaux dans les anciens territoires autrichiens et turcques, garantis dans des accords secrets antérieurs avec les anglais et les français.

Il doit en conséquence d'éviter l'émergence de puissances slaves ou turques qui menacerait le nouvel empire rêvé par l'Italie, et se heurter ainsi aux principes de Wilson et au pragmatisme des britanniques. L'Italie reste entachée d'une image d'opportuniste qui a négocié son ralliement, et ne s'intéresse guère aux enjeux dépassant le bassin méditerranéen et la ligne des Alpes.

Lloyd George, est un personnage complexe. Un Gallois d’origine modeste, apparu hors des cercles du pouvoir traditionnel de la Grande-Bretagne, arrivé au sommet de l'état par des retournements d'alliance même envers son propre courant politique. Il sort d'une réélection triomphale en 1918, après une campagne aux accents très nationalistes dans laquelle il s'est engagé à obtenir de forts dommages de guerre de l'Allemagne, et à poursuivre les criminels de guerre, deux points sur lesquels il n'aura que des succès partiels et symboliques.

C'est un excellent négociateur, mais plus axé sur la dynamique de la négociation elle-même que sur le fond. Il va à plusieurs surprendre ces interlocuteurs par son manque de cohérence et ses changements de position, ceux-ci y verront parfois une ligne stratégique et politique du gouvernement britannique, alors que Lloyd George, qui ne s'appuyait d'ailleurs que sur une coalition fragile, y voyait plutôt un jeu intellectuel. Il devra également composer constamment avec les Dominions, qui veulent arracher des lambeaux de territoires allemands et affirmer leur autonomie de décision sur la scène mondiale.

6- Du point de vue culturel: 

Il convient de distinguer deux niveaux d'influence culturelle dans la négociation, celle de chaque partie à la négociation et celle qu'on pourrait définir comme la culture de guerre. Toutes deux ont influencé les modes de pensée des négociateurs et leurs transcriptions dans le traité.

La culture propres à chaque partie négociatrice:

La Grande-Bretagne est marqué par une culture insulaire et impériale, elle vise l'équilibre en Europe et la protection des voies de communication qui la relient aux flux vitaux de son Empire. Elle a longtemps hésité entre le risque de rivalité française, plus accentué dans les colonies et à travers la position de ses dominions, et le danger allemand, rival économique et maritime. Jusque dans les négociations de Versailles, elle devra tenir compte de ses deux courants politiques.

Marquée par son insularité, et l'inviolabilité de son territoire depuis l'invasion normande, la Grande-Bretagne est toujours protégé en 1918 par une barrière maritime et a éliminé la menace de la flotte allemande, et s'est approprié une belle partie de ses anciennes colonies (où les combats se sont d'ailleurs prolongés au-delà de novembre 1918).


Elle aura une position moins stricte que les Français sur les dommages de guerre (bien que ce soit au départ l'idée britannique d'inclure les pensions des militaires, en vue d'équilibrer les remboursements allemands en sa faveur, qui va compliquer considérablement la négociation) et la sécurité des frontières, n'ayant pas de lien terrestre avec l'Allemagne, alors que les Français seront très centrés sur les frontières occidentales et orientales de l'Allemagne.

Elle va tout au long de la négociation considérer les enjeux de manière plus globale (au Moyen-Orient et en Afrique, mais aussi en Russie), elle négocie pour la protection et l'expansion de l'empire britannique. Par rapport aux Américains, elle cherche déjà une "relation spéciale" théorisée par Lloyd George dès 1917# et qui s'est marqué par une certaine proximité lors des négociations.

L’Empire Britannique ne néglige pas le problème à terme de la rivalité commerciale et navale américaine, ainsi elle fait face pour la première fois à une puissance hégémonique non européenne qui combine le bénéfice de l'insularité avec un potentiel humain et industriel dont ne dispose pas ou plus la Grande-Bretagne.

La France est profondément marquée par les agressions allemandes en 1814-1815, en 1870-1871 et en 1914-1918, et reste préoccupée par la résurgence de la puissance allemande. Si elle a réparé la blessure des provinces perdues de l’Alsace-Lorraine, elle est traumatisée psychologiquement et physiquement; par la destruction des villes et des industries du Nord et de l'Est, mais aussi les pertes humaines et l'impact démographique sur la génération suivante, à l'issue d'une guerre qui s’est livrée essentiellement sur son territoire.

Ce fort facteur de l'usure due a la guerre va affaiblir la position française. Si elle dispose du plus gros potentiel militaire au sortir du conflit, elle ne peut ni politiquement ni financièrement plus soutenir cette masse au-delà de quelques mois après la fin des hostilités; elle ne disposera donc rapidement plus du levier des forces d'occupation en Allemagne ou des forces d'intervention en Russie ou en Turquie, et doit aboutir dans un délai raisonnable au meilleur compromis à court terme, tout en posant des jalons pour maintenir des alliances face au rival germanique.

Les Etats-Unis se prévalent d’une nouvelle culture politique, plus transparente et loin des calculs de rapports de force des puissances européennes rivales qui ont pour les Américains conduits à l’éclatement du conflit mondial. Alors que leur intention était de se positionner hors de la mêlée, ils seront souvent perçus par les politiciens européens rompus aux concessions et aux accommodements comme des moralisateurs voire des hypocrites, notamment au regard des exclusives que les Etats-Unis posent quand les idéaux qu'ils défendent se heurtent à leurs propres intérêts en Amérique centrale et dans leurs colonies et territoires comme les Philippines, Cuba ou Hawaï.

De plus, les Etats-Unis ont toujours été déchirés au cours de leur histoire, et ce dès les années 1780 entre un libéralisme interventionniste et une ligne isolationniste et protectionniste, fracture particulièrement exacerbée à l'époque du traité de Versailles mais qu'on retrouvera dans le débat sur l'entrée en guerre dans les années 40.

L’Italie est marquée par son irrédentisme, ce qui va compliquer les débats, et débouchera sur une crise dans le processus de négociation au printemps 1919, avec leur retrait des discussions pour arracher sans succès un accord. L'Italie est une jeune puissance, constituée il ya un demi-siècle avec l'appui de la France. Elle a marchandé son soutien aux alliés contre des gains territoriaux en 1915#, et veut s'affirmer sur la scène mondiale.

L’Italie est marquée par son passé glorieux, mais handicapé par la faiblesse de son armée (le souvenir des désastres de l'aventure militaire en Ethiopie en 1895 et de Caporetto en 1917 ne sont pas effacés par le succès de la dernière offensive italienne à Vittorio Venetto en 1918) et les manques de son infrastructure économique. Elle ambitionne de rattraper son entrée tardive dans le jeu des puissances coloniales, par des gains négociés en étendant son emprise en Méditerranée sur d'anciens territoires turques et austro-hongrois.

7. Un brin de polémologie , de la notion de culture de guerre:

"Je prends acte des paroles et des excellentes intentions du Président Wilson. Il élimine le sentiment et le souvenir c'est là que j'ai une réserve à faire sur ce qui vient d'être dit. Le Président des Etats-Unis méconnaît le fond de la nature humaine. Le fait de la guerre ne peut être oublié. L'Amérique n'a pas vu cette guerre de près pendant les trois premières années ; nous, pendant ce temps, nous avons perdu un million et demi d'hommes. Nous n'avons plus de main-d'oeuvre."

La culture de guerre, entretenue par quatre ans de propagande et de guerre, et au vu des pertes humaines immenses, est bien plus marquée pour les Européens que pour les Etats-Unis. Ils seront certes un allié mais qui n'a pas vraiment payé le prix du sang et a profité du conflit pour supplanter la Grande-Bretagne et la France sur de nombreux marchés.

Cette culture de guerre influera sur la notion de faute imputée à l'Allemagne et l'enjeu symbolique des réparations de guerre, Wilson sera sensible à cette dimension morale, au vu de son éthique protestante et rigoriste, et acceptera d'insérer cette notion dans les clauses du traité.

Avec les compensations et les concessions territoriales, cette notion de faute originelle posera beaucoup de problèmes aux négociateurs allemands, et sera contesté dès l'époque et au cours des décennies par certains historiens qui voient dans le déclenchement puis la poursuite jusqu'au-boutiste du conflit, une faute commune des puissances européennes.

Cette analyse, est elle-même contestée depuis quelques années par une autre école historique qui analysant les crises balkaniques et coloniales successives, et les écrits des dirigeants allemands précédant la guerre, démontre qu'il y avait bien une volonté de puissance et une recherche du conflit avec la France et la Russie mais aussi contre la Grande-Bretagne, remettant en avant cette clause de responsabilité qui apparaît dès lors fondée.

Cette culture de guerre va également semer le ferment de mouvements nationalistes et extrémistes, qui voient dans l'action guerrière, voire le romantisme guerrier, et la guerre totale une forme politique ultime. Pour citer un exemple concret de l'influence sur la négociation. C'est la culture de guerre, et l'aura des anciens combattants qui vont nourrir les idées fascistes de Mussolini et de d'Annunzio en Italie, et nourrir les coups de force de ces derniers, dont l'épisode tragique du coup de force sur Fiume. Ce qui mettra en difficulté les négociateurs italiens, coincé entre leurs revendications irrédentistes en Istrie et en Adriatique, et la politique pragmatique franco-anglaise qui favorise l'émergence d'un royaume serbo-croate puissant aux frontières de l'Autriche et de la Hongrie.


En conclusion

Le traité de Versailles n'est qu'une étape dans une recomposition européenne qui perdurera jusqu'en 1945. Plusieurs aspects des négociations seront des ébauches ou des tentatives de solutions à une situation géopolitique européenne et mondiale qui perdurera encore plusieurs décennies durant. Mais d’autres aspects, à certains ajustements de frontière près, se retrouvent encore sous nos yeux lorsque nous regardons une carte d'Europe ou d'Afrique.

Les nations qui se sont créées dans le chaos de 1919, ont souvent perdurés plusieurs décennies voire jusqu'à nos jours. Afin de tirer un bilan on peut analyser à l’aune de ce qu’écrivit Liddell Hart dans son traité de stratégie : « une guerre n’est acceptable que si l’état de paix qui en résulte est meilleure que celui qui existait avant le conflit »#. On peut donc juger de ce traité sous deux aspects, les succès et les échecs des signataires, et l’état de paix qu’il a apporté au monde à l’été de 1919, cinq années après les moissons sanglantes d’août 14.

Au niveau des puissances signataires on se centrera sur la France et la Grande-Bretagne (les Etats-Unis ne ratifieront jamais, pour des raisons de politique intérieure, et l’Italie n’aura eu qu’une influence marginale). La France, en la personne de Clemenceau, avait cinq objectifs. La récupération des provinces perdues, Alsace et Lorraine, qui fut atteint et représentait un gain démographique et symbolique. La défense du droit des peuples, et en particulier la démocratisation des territoires austro-hongrois et allemands ; objectif qui fut partiellement atteint avec l’émergence de nouvelles républiques ou monarchies en Europe centrale et orientale# (qui pouvaient créer un nouveau glacis entre l’Allemagne et la Russie).

Le contingentement du communisme, défendu par Clémenceau (qui avait vécu les excès révolutionnaires de la Commune de Paris en 1871) qui s’opposa à inviter des représentants de la Russie soviétique à la conférence de Paris et fut partisan d’aider la Pologne à défendre ses frontières# (aussi bien des Bolcheviques que des corps-francs allemands), objectif partiellement atteint si l’on considère l’exclusion de la Russie et la création d’une Pologne indépendante.

L’obtention de compensations et réparations pour les dommages de guerre. Ce débat très complexe, non sur le principe mais sur les montants et la nature des dommages, fut l’objet d’âpres débats, compliqués par la demande britannique d’inclure les pensions de guerre (ce qui équilibrait l’allocation des remboursements au bénéfice de la Grande-Bretagne mais augmentait le montant des dommages) et fut finalement repoussé après la signature du traité (on incluait la clause mais sans préciser le montant ni l’échéance). Hors un paiement initial de 25 millions de mark or et quelques remboursements partiels, la France obtint également l’exploitation pendant quinze ans des mines de la Sarre qui compensait la destruction des houilles du Nord. L’objectif ne fut donc que partiellement atteint.

Les garanties de sécurité réclamées par la France sur sa frontière avec l’Allemagne ne furent que partiellement rencontrées. Après le rejet des propositions d’annexion de la rive droite du Rhin puis d’une armée permanente pour la Société des Nations, Clémenceau voulu obtenir l’inclusion d’une clause garantissant l’intervention anglo-saxonne dans le pacte de la SDN mais essuya le refus de Wilson.# Il dut se contenter d’une garantie d’intervention qui ne fut jamais ratifiée par les Américains et les Britanniques. Mais il put finalement obtenir quelques concessions importantes: l’occupation de la rive droite et des points de passage du Rhin pour des périodes de 5 à 15 ans; la démilitarisation de la rive gauche du Rhin; et la réduction de l’armée allemande à un effectif de cent mille hommes. Clemenceau n’avait pas d’illusions, et savait que le succès du traité dépendrait aussi de ce qu’en ferait les hommes politiques qui lui succèderont à la tête de la France « il ne faut pas oublier que ce traité si complexe ne vaudra que par ce que vous vaudrez vous-mêmes, il sera ce que vous en ferez…ce que vous allez voter aujourd’hui, ce n’est pas un commencement, c’est le commencement d’un commencement ».

Les Britanniques avaient atteint des objectifs stratégiques à la signature du traité: l’élimination de trois puissances rivales à savoir l’Allemagne, l’Empire Ottoman, et la Russie Tsariste ; et en particulier la destruction de la puissance navale allemande et la limitation future de ses armements maritimes (même si ses limitations furent contournées dès les années trente).

La mise en place d’une Société des Nations ne fut une entrave ni au système impérial britannique ni à son hégémonie maritime. Au contraire, le système des mandats, même s’il avait fallu concéder des portions aux Français en Afrique et au Proche-Orient, a renforcé l’Empire Britannique, qui se trouvait de fait en 1919 au summum de son expansion territoriale. De plus, Lloyd George a mené une négociation habile qui permet de limiter l’expansion de la France, et de ne pas trop affaiblir l’Allemagne, l’une restant dépendant de son alliance militaire avec la Grande-Bretagne et l’autre partenaire commercial et marché d’exportation pour les produits de l’Empire.

Mais de nouvelles puissances émergentes ont déjà ou vont bientôt supplanter l’hégémonie britannique ; un nouveau rival économique et naval est apparu avec les Etats-Unis, jusque là puissance en devenir après sa récente expansion coloniale au détriment de l’Espagne, elle a démontré ce que les anglo-saxons nomment « transformation power » en convertissant ses ressources industrielles et humaines en une machine de guerre et la transporter à travers l’océan atlantique sur le continent.

En Europe de l’Est, les Britanniques sont intervenus aux côtés d’autres puissances pour contrer l’expansion soviétique, mais n’a pas les ressources ou la volonté politique pour se maintenir en Russie et ils se retireront graduellement dès 1920, abandonnant les factions russes qu’ils soutenaient à leur destin.

Comme les Français, les Britanniques n’obtiendront pas une réparation financière à la hauteur de leurs exigences. Et ils souffriront comme les autres pays européens de la difficile reconversion d’une économie de guerre, de la perte de certains marchés et débouchés au profit des Américaines, et de la réintégration des masses de combattants démobilisés (dans un pays ayant introduit la conscription après l’entrée en guerre). Et dernier échec, personnel pour Lloyd George, ils ne parvinrent pas à faire extrader et condamner les criminels de guerre allemands, à quelques condamnations symboliques exceptées.

Au niveau international il convient de considérer plusieurs facteurs pour juger des succès et échecs du traité.

Si l'on considère l’Europe centrale et orientale, la pérennité des Eétats et la problématique des minorités qu'à voulu régler le traité, il est exact qu’il hante les Balkans et les bords de la Baltique jusqu'à nos jours. Si le traité ne put stabiliser complètement ces régions, il faut reconnaître qu'il ne fut pas la cause première des déplacements de population ou des massacres ethniques qui suivirent. C'est le nationalisme et l'immaturité politique des nouvelles nations, qui firent souvent de nouvelles menaces extérieures ou intérieures, fantasmées ou réelles, le ciment de leur jeune nation, ce qui sema une part de la haine qui allait se déchainer dans les années et les décennies suivantes. #

La Société des Nations (SDN) et l'Organisation Internationale du Travail (OIT) furent des concepts novateurs et des héritages positifs du Traité de Versailles. Les échecs et limites de la SDN sont pour partie dus à son organisation mais tout autant aux compromis de ses membres et aux absences de certaines puissances.

Ses problèmes se retrouvent dans les compromissions et les échecs qu'ont pu affronter l'ONU, une organisation bâtie sur le même principe, dans une structure plus évoluée mais qu'on pourrait aussi percevoir comme un directoire des grandes puissances, au fonctionnement rigide et parfois moins démocratique que le concept initial de la SDN. C'est également au sein de la SDN, suite à l'épidémie de grippe espagnole de 1918-1919, que sera créé le comité d'hygiène, considéré comme le principal ancêtre de l'OMS actuel.

Quant à l'OIT, institution toujours active héritée du traité, il représente un progrès social sensible et un précurseur de nombreuses organisations internationales. Si on peut se poser la question de savoir s’il aurait été créé, si la révolution communiste avait été écrasée dans les ruines de Petrograd en 1919, il représente un progrès social important, et un facteur qui a permis la défense des droits des travailleurs à travers le monde.#

Les notions de protection des minorités, de droit à l'auto-détermination, de construction démocratique, les plans d'aide internationaux (le plan Hoover de 1919 était le précurseur du plan Marshall de 1945) allaient profondément influer sur les prochaines décennies et se retrouvent désormais comme des bases du droit international. Mais on joua à l'époque sur des concessions et des ambiguïtés pour satisfaire chaque partie qui fit du traité un instrument déformé de sa propre politique plutôt qu'un socle fondateur d'une paix durable.

Une des faiblesses fondamentales était d'exclure le principal concerné de la négociation, l'Allemagne. Ce qui conduisit à transformer un traité de paix en diktat imposé aux yeux des Allemands. Marqué par les sanctions morales et financières, et les pertes de territoires conséquents, l’Allemagne échappait à l’effondrement qu’avait connu l’Autriche-Hongrie ou les Ottomans, avec le soutien financier anglo-saxon et un rôle de rempart anti-communiste, elle pu conserver son assisse économique, entama un renouveau démocratique puis se réintégra dans le concert des nations. Avec la Russie, les allemands avaient été ostracisés, mais les deux exclus de Versailles n'allaient pas tarder à dépasser leurs différences et se rapprocher, au détriment de la stabilité de l’Europe.

Du point de vue de la Russie, il est difficile de considérer le traité comme un succès. La guerre civile russe perdurera encore jusqu’en 1923. Et de nouveaux conflits éclatent entre la Pologne et la Russie, ou le long des frontières baltes et finlandaises. Au grand détriment de troupes qui aspiraient à la démobilisation, les interventions des puissances alliées dans ces zones vont parfois perdurer jusqu'en 1921, trois après l'armistice. Cependant, ce sont les failles de la politique des alliés, et l’incapacité à s’unifier des Russes blancs laissant les alliés sans alternative viable, qui expliquent ces situations plus que les failles juridiques du traité.

En reportant dans les détails de la négociation à des décisions ultérieures par référendum, en insérant des clauses provisoires (ainsi la question du montant des indemnités de guerre dues par l'Allemagne ne sera réglée qu'en 1921), on arriva à finaliser un texte, qui une fois ratifié laissait nombre de problèmes irrésolus. Un texte assez éloigné des quatorze points de Wilson et de son idéal de nouvel ordre politique du monde.

Le traité va également créer nombre de frustrations. Le concept des mandats de la SDN permettait d'exclure du droit à l'auto détermination de nombreux territoires et colonies qui se retrouvaient transféré à une nouvelle tutelle, la guerre voyait ainsi émerger deux puissances coloniales européennes encore plus hégémoniques, la France et la Grande-Bretagne. Le prix du sang versé par les troupes "coloniales", sur tous les champs de bataille de cette guerre n'avait guère compté à l'heure des négociations (malgré quelques espoirs vite déçus au sein des délégations africaines et asiatiques envoyées à Paris). Mais les accords de paix de 1945 ne régleront pas ce point non plus, il faudra attendre les années cinquante pour que l'ère coloniale commence à s'effacer de l'histoire.

Il est juste de penser que dans le contexte de l'époque, face au vide de pouvoir et au chaos créé par la chute de quatre empires, à l'émergence de l'idéologie communiste dans les ruines de la Russie tsariste (une menace idéologique qui provoquera des troubles sociaux au sein des populations et des armées victorieuses), et aux périls sanitaires et humains de cette période de famine et d'épidémie généralisées, les négociateurs obtinrent le meilleur compromis possible dans un délai raisonnable, dans l’état d'épuisement moral et économique créés par cinq années de mort et de destruction.

 

 Bibliographie et Liens Internet

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https://trinity2013.conted.ox.ac.uk/The First World War in perspective/Peace initiatives.html

http://qc.novopress.info/7664/quis-contra-nos-gabriele-dannunzio-et-la-marche-sur-fiume/

http://www.histoirealacarte.com/carte/3-histoire-europe-traite-versailles.php

http://history.state.gov/milestones/1914-1920/ParisPeace

14 novembre 2014

In memoriam - Le Traité de Versailles de 1919; paix de compromis ou armistice de vingt années ? Première partie

“Diplomats were invented simply to waste time”  Citation attribuée à Lloyd George, Conférence de Paris, 1919

Le traité de paix négocié à Versailles durant les six premiers mois de l'année 1919 présente aux yeux de l'histoire bien des aspects singuliers, de par ses enjeux et ses ambitions, ses signataires et les idées qu'ils défendaient, mais aussi de par les pays absents à la table des négociations bien que toujours présents à l'esprit des négociateurs .

Les principaux protagonistes de la négociation furent les quatre grandes puissances victorieuses : la France, l’Empire Britannique, les Etats-Unis, et l’Italie ; tandis que les principaux absents des discussions qui allaient redessiner la carte du monde étaient quatre empires disparus à l'issue de ce conflit: l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Empire Ottoman et la Russie tsariste.

Un des paradoxes d'un traité qui voulait instaurer une nouvelle culture diplomatique, le droit des peuples, une société des nations et un nouvel ordre du monde, fut donc qu'il se négocia entre les puissances victorieuses et en l'absence des représentants de 300 millions d'européens. On nous apprend que l’histoire est écrite par les vainqueurs, ce fut aussi le cas de ce traité.


1- Introduction:

Il est important avant de commencer l'analyse du traité de Versailles, de synthétiser la situation de chacun de ces pays au niveau international et intérieur, mais également la situation en Allemagne, en Autriche-Hongrie, dans l’Empire Ottoman et en Russie, dont les évolutions vont peser sur les esprits des négociateurs tout au long des discussions menées à Paris de janvier 1919 à juin 1919.

Les principaux négociateurs, la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l'Italie, étaient entrés en guerre pour des raisons bien différentes, et rentrèrent en négociation pour des objectifs très divergents, ce sont ces éléments propres à chacune des puissances victorieuses qui seront détaillés dans les points de vue sur le traité de Versailles.

 

Tableau 1. Situation intérieure et internationale en France, Grande-Bretagne, Etats-Unis et Italie

France Intervention en Russie. Occupation de la Sarre et de la rive droite du Rhin. Troubles sociaux liés à la démobilisation et à la fin de l'économie de guerre. Clémenceau, radical de gauche, président du conseil, doit faire face à la rivalité du président Poincaré et du maréchal Foch. Industries dévastées suite au conflit. Dette importante envers les Etats-Unis.

Empire Britannique Intervention armée en Russie. Troubles en Irlande. Occupation de la rive droite du Rhin. Grève des mineurs. Troubles sociaux liés à la démobilisation. Lloyd George remporte les élections de 1918. Il est premier ministre libéral minoritaire dans un gouvernement de coalition avec les conservateurs. Dette importante envers les Etats-Unis. Perte de marchés commerciaux au bénéfice des américains.

Etats-Unis Intervention armée en Russie. Progrès dans le droit du travail, répression de syndicalistes et opposants politiques. Woodrow Wilson est réélu en 1916. Mais il perd la majorité au sénat en 1919. Interventionnisme de l'état. Expansion commerciale à l'étranger.

Italie Intervention armée en Turquie et dans l’Adriatique. Mouvements nationalistes et communistes. Troubles sociaux liés à la démobilisation. Orlando premier ministre jusqu'à sa chute en juin 1919. Dette importante envers les Etats-Unis.

 

Tableau 2. Situation en Allemagne, Turquie et Russie durant le processus de négociation de Versailles

Allemagne Occupation de la rive droite du Rhin par les alliés, perte des colonies et blocus. Troubles et grèves. Démobilisation d'une large part des troupes. Crise de changement de régime. Alliance entre armée et socio démocrates contre spartakistes Famine et pénuries. Les zones minières en Silésie et en Sarre sont occupées. Autriche-Hongrie Sécession de la Hongrie, Slovénie et Croatie. Polonais et Tchécoslovaques devenus indépendants. Troubles et grèves. Menace communiste sur Vienne. Effondrement du régime. Tentative de rattachement à l’Allemagne. Famine et pénuries.

Empire Ottoman Interventions étrangères et soutien des alliés aux rébellions. Conflit avec la Grèce. Troubles et insurrections. Situation anarchique dans plusieurs parties du pays. Effondrement du régime. Tentative de reconstruction du pays mené par Mustapha Kemal. Famine et pénuries. De larges portions de l'économie sont effondrées.

Russie Interventions étrangères et soutien des alliés aux Russes blancs. Conflit avec la Pologne. Troubles et insurrections. Situation anarchique dans plusieurs parties du pays. Guerre civile entre communistes, tsaristes anarchistes, baltes, finlandais, ukrainiens, caucasiens. Famine et pénuries. De larges portions de l'économie sont effondrées.

2-  Du point de vue structurel:

Malgré l'existence d'un enjeu commun, toutes les parties à la négociation se trouvant dans le camp des vainqueurs, la négociation du traité est un processus essentiellement distributif, tant les visions de l'après-guerre des vainqueurs sont opposées notamment sur les sorts de l'Allemagne et de la Russie. De plus l’équilibre des pouvoirs apparaît très inégal entre les quatre parties principales à la négociation. Les Etats-Unis, s'ils ont laissé symboliquement à la France la présidence du groupe des quatre qui mène la phase cruciale des négociations, exercent une position dominante disposant des leviers économiques et du soutien politique pour diriger la négociation.

Les deux puissances impériales britannique et française si elles ont été de proches alliés au cours de la guerre et ont des intérêts communs à se partager les empires vaincus, se trouvent devant des objectifs divergents aux niveaux militaire et économique ce qui va influer sur leur position dans la négociation.

L'Empire Britannique (en effet la Grande-Bretagne n’est pas seule partie à la négociation, les Dominions sont pour la première fois partie prenante, une reconnaissance de leur participation à la guerre mondiale) a éliminé un important rival maritime et colonial (et indirectement voit disparaître les ambitions tsaristes en Asie centrale) et il va rapidement revenir à une politique visant à empêcher l'émergence de tout rival en Europe (alors que son véritable rival et futur hégémon est apparu sur l'autre bord de l'Atlantique).

Les Britanniques se sont englués dans une guerre longue sur le continent qui ne correspond pas à la stratégie traditionnelle de la Grande-Bretagne. Elle a toutefois pu jouer de sa puissance navale pour contrôler les voies de communications, imposer un blocus efficace aux puissances centrales et utiliser une stratégie indirecte (avec des succès mitigés sur certains fronts, notamment dans les Dardanelles face aux Turcs).

La France, qui a le plus souffert de la guerre (avec la Russie, dont les sacrifices ont probablement sauvé les armées alliées sur le front occidental), sort de la guerre victorieuse mais paradoxalement sa situation stratégique s'est détériorée envers une Allemagne, plus peuplée et moins ravagée par le conflit. Avec une Russie sortie du jeu pour l'hégémonie en Europe, la France n’a plus d’alliance orientale pour menacer sa rivale sur deux fronts.

Quant à l'Italie, ayant négociée son entrée au plus offrant entre les deux alliances, elle espère récupérer par la négociation ce qu'elle n'a pu gagner par la force des armes. Bien qu’elle voit disparaître son grand rival austro-hongrois, elle n’améliore pas fondamentalement sa position stratégique et reste le maillon faible des alliés.

Si aucune des puissances ne rencontrera tous ses objectifs dans le traité (on parlera d'ailleurs de paix amputée) les parties s'accorderont ponctuellement sur un processus intégratif. Pour les clauses relatives à la Société des Nations et à l'Organisation Internationale du Travail, ou aux compensations (malgré des divergences sur les montants et les composants de ces dommages de guerre entre les Français et les Britanniques).


A certains points de la négociation des approches intégratives apparaissent ainsi entre au moins deux parties, le Royaume-Uni jouant souvent un rôle pivot, rallié parfois aux vues françaises et parfois américaines.

2.1 L'Italie a négocié son changement d'alliance en 1915 et est entrée en guerre suite au traité de Londres qui lui a assuré d'importants territoires autrichiens en cas de victoire. Elle sort de la guerre affaiblie, ayant subi un revers désastreux à Caporetto, elle a du rester sur la défensive jusqu'en octobre 1918 puis a profité de l'effondrement de l'Autriche-Hongrie pour progresser jusqu'à la frontière croate. Sur le plan intérieur, l'agitation communiste et nationaliste a affaibli le gouvernement qui apparaît comme le plus fragile des alliés.

L'italien Orlando vise à conserver ses quelques acquis et ne peut guère peser sur le traité vu les poids militaire et économique réduits de l’Italie. Elle ne dispose pas d'alternative ne pouvant opter que des opérations militaires limitées et des coups de bluff pour obtenir gain de cause. Se retirer du traité l'aurait exclue des discussions sur l'Autriche-Hongrie, conclues par le traité de Saint-Germain-en-Laye dans lequel l'Italie obtiendra l'essentiel des ses gains territoriaux.

Il y a une forte dépendance de l'Italie envers les trois autres négociateurs, alors que le négociateur italien est sous la pression de sa situation politique, coincé entre l'agitation intérieure et les revendications irrédentistes, et est très dépendant de l'aide économique américaine. L'Italie va ralentir les négociations par ses exigences et ne retirera du traité que quelques gains territoriaux puis l'émergence du fascisme.

2.2 La France se trouve dans une situation délicate. Elle bénéficiait d'un consensus national fort sur la conduite de la guerre et dispose de l'outil militaire le plus efficace, mais elle est militairement, psychologiquement et économiquement épuisée en 1918. L'offensive finale a permis de libérer une partie des territoires occupés mais une poursuite de l'offensive en Allemagne, sans l'aide militaire américaine et britannique est difficile.

Et ses dommages économiques et démographiques sont énormes dans une victoire à la Pyrrhus. L'alternative d'une paix unilatérale avec l'Allemagne est difficile vis-à-vis de ses alliés, mais aussi de l'Allemagne qui négociera dans une meilleure position que face à l'imposition d'un traité allié.

Les enjeux pour la France sont d'obtenir des compensations pour les pertes humaines et matérielles de la guerre, de récupérer des territoires perdus (Alsace et Lorraine) et de sécuriser à long terme la frontière franco-allemande, en poussant si nécessaire son contrôle jusqu'à la rive gauche du Rhin. La France mène une politique réaliste, elle a le plus à gagner au traité mais aussi est la plus exposée à tout compromis, sa ligne de résistance est très élevée mais ne dispose pas d'un rapport de force favorable à long terme.

La marge de négociation de Clemenceau pour la France est faible, il sait qu’il dépendra de l'aide des Américains et Britanniques dans les années d’après-guerre, et fait face à une position anglo-saxonne plus pragmatique envers l'Allemagne (partenaire commercial et rempart contre le bolchevisme).

Clemenceau va donc chercher une autre forme de garantie de sécurité pour la France: la création d'une alliance alternative avec la Pologne et la Tchécoslovaquie sur les frontières orientales de l'Allemagne, qui se substituera au vide stratégique laissé par la Russie. Dans cette même logique, la France bloquera un rapprochement de l'Autriche avec l'Allemagne ou le rattachement des sudètes germanophones en 1919. Et elle va négocier longuement (à défaut d’un détachement ou une annexion de ses territoires, inacceptable pour les anglo-saxons) une occupation de la rive droite du Rhin et une démilitarisation de la rive gauche, afin de repousser la menace allemande.

De même qu’elle obtiendra la réduction des forces allemandes à une armée permanente de cent mille hommes, et la réduction des forces navales et aériennes à une portion congrue (rejointe sur ces points par les Britanniques). Cet enjeu de sécurité va peser sur toute la négociation dans le camp français, et lui fera préférer un royaume serbo-croate à une concession aux demandes italiennes lors de l'affaire de Fiume et les discussions sur les côtes dalmates.

Quand la France aura une approche plus intégrative comme pour la création de la Société des Nations, elle cherchera à s'assurer que celle-ci se dote d'une force armée permanente (proposition qui sera rejetée par Wilson) ou que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis puissent être le garant de ses frontières (garantie d'intervention donnée par Wilson et Lloyd George, mais la proposition sera invalidée par le congrès américain et les Britanniques se déclareront dès lors déliés de leur engagement initial).

La France est la partie qui a concédé le plus dans la négociation, mais outre certains gains territoriaux, et la promesse de compensations financières, elle y a gagné vingt années de paix.

 

2.3 La Grande-Bretagne sort affaiblie de la guerre, de par ses pertes humaines mais aussi de par sa dépendance financière envers les Etats-Unis, qui lui coûte sa domination du commerce international. Elle doit gérer une opinion publique britannique et certains ténors, comme Keynes, qui critiquent les clauses du traité, une insurrection irlandaise qui couve et va se déclencher en juin 1919.

Les Britanniques eurent aussi à gérer des négociations internes entre les intérêts des dominions et la métropole, avant de pouvoir présenter une position commune. Canada, Australie, Afrique du Sud, contributeurs à l'effort de guerre, ont vu émerger un sentiment identitaire durant le conflit (certains voient dans les combats de Gallipoli l’émergence du sentiment national australien et néo-zélandais). Ces composants de l'Empire vont instrumentaliser la Société des Nations, poussant la métropole à adopter une position intégrative avec les Etats-Unis, pour en obtenir finalement des gains territoriaux.

Les Britanniques ont une situation plus avantageuse que la France: des gains importants en Afrique et au Moyen-Orient suite à la guerre; l'élimination de la marine allemande et de trois rivaux stratégiques, les empires Ottoman, Russe et Allemand qui menaçaient leurs lignes de communication et leurs positions commerciales. Le négociateur britannique, Lloyd Georges, n'a pas intérêt à une poursuite ou une reprise du conflit, l'opinion britannique veut la paix, même de compromis. Il peut certes envisager un traité séparé, mais il a besoin des alliés, en Europe et en Asie, et il ne veut pas laisser la rivalité franco-allemand se régler sans être partie à l'accord.

De par leur position relativement forte, les Britanniques pourront atteindre deux objectifs, la recomposition de l'Europe pour y contrôler toute puissance rivale, et la relance du commerce mondial sur un modèle économique libéral. Ils visent à ne pas trop affaiblir l'Allemagne, et s'opposent à de trop lourdes sanctions financières ou territoriales. Pour conserver des marchés, car une Allemagne viable et apte à se redresser sera un futur partenaire commercial, et que suffisamment forte elle pourra faire face à la contagion communiste.

Ils joueront aussi des rivalités franco-américaines pour obtenir un compromis sur la Société des Nations, favorisant la paix et donc les échanges mais sans ingérence dans leur empire colonial (la Société des Nations octroiera des protectorats dont une partie sous mandat britannique qui viendront agrandir l’empire). Pour une vingtaine d'années, la Grande-Bretagne est la partie qui tirera les meilleurs avantages de cette paix amputée.

2.4 Les Etats-Unis, sont dans les négociations de Versailles dans une situation assez paradoxale. Ils entrent dans le traité dans la position la plus forte; entrés tardivement dans la guerre en 1917, après des positions de neutralité puis d'intermédiaire dans une paix négociée, ils ont acquis une puissance financière considérable, et sont une puissance militaire en pleine croissance qui a compensé largement le retrait des Russes du conflit.

Sans aucune menace sur leur territoire, et après la conquête de marchés commerciaux et l’expansion de leur flotte marchande vu le déclin des rivaux européens, ils disposent du levier économique des crédits de guerre et des plans d'aide (plan Hoover précurseur du plan Marshall) pour imposer leurs points de vue.

Il est d’ailleurs caractéristique qu’ils se considèrent comme une puissance associée et non alliée, cette nuance est bien plus politique que sémantique. Avant l'armistice et les négociations de paix, des tentatives de médiation via le président Wilson avaient été conduites dès décembre 1916. Le président américain adopte donc une posture d'arbitre, de sage au dessus de la mêlée, et non de partenaire, face aux rivalités des européens.

Les Américains, sous la conduite du président Wilson sont entré dans la négociation doté d'une série d'objectifs politiques assez vagues, résumés dans les quatorze points# ; dont on retrouvera l'essence mais non la lettre dans le traité, car les Britanniques et les Français en avaient des interprétations différentes et ont atténué la portée de plusieurs points. Le principal objectif est de créer un nouvel ordre mondial, avec la Société des Nations et l'Organisation Internationale du Travail, et une nouvelle approche des relations internationales par le droit des peuples et un exercice délicat de "construction et reconstruction de nations" en Europe centrale et orientale.

Les Etats-Unis disposent d'alternatives, la menace de poursuite du conflit qu'ils utiliseront pour imposer le traité à l'Allemagne, et celle du retrait des négociations. Le rapport de force leur est donc favorable. Leur approche avec les Britanniques sera plus intégrative, les points de vue économiques partagés, et la proximité culturelle et politique, permettant de rapprocher les parties.

Malgré la non ratification par les Etats-Unis, les clauses importantes pour Wilson: la création de la Société des Nations et en partie le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (limités aux peuples européens s'entend) seront réalisées. Les Britanniques étant finalement les héritiers et exécutants des ambitions américaines.

Les Etats-Unis ont, au cours du traité et par la suite, tenté de limiter les compensations réclamées par les Français et les Italiens. Ils joueront sur certaines clauses imprécises, et sur leur poids financier et politique pour obtenir des concessions dans le traité qui affaibliront Clemenceau et Orlando face à leurs opposants politiques.

Wilson paiera le prix fort de cette inflexibilité et ne pourra obtenir le soutien d'un congrès américain divisé, hostile à une partie de sa politique étrangère. Les Etats-Unis ne ratifieront pas le traité, et ne rejoindront pas la Société des Nations, affaiblissant ainsi la nouvelle institution. Ils règleront l'état de guerre par des traités bilatéraux avec les divers belligérants en 1921 et basculent dès lors dans une période d'isolationnisme et de protectionnisme qui perdurera jusqu'au début des années quarante.

3-  Du point de vue processuel:

Il est important de ce point de vue d'inscrire la négociation de Versailles dans un processus d'ensemble en relation avec une dizaine d'autres traités antérieurs et postérieurs. Le Traité de 1919 est donc le pivot d'une dynamique d'ensemble qui va s'étager de 1917 à 1923, entre les traités de Brets-Litovsk et de Lausanne.

De même la négociation devra intégrer des facteurs liés à des accords ou des actes politiques antérieurs ce qui provoquera des tensions lors des discussions entre les quatre principales puissances. Notamment le traité secret de Londres d'avril 1915 entre les alliés et l'Italie qui sera la base de négociation de cette dernière, et qui sera par principe rejeté par Wilson et par pragmatisme renié par les Français et les Britanniques; et les accords Sykes-Picot sur le partage des territoires ottomans et des zones d'influence franco-anglaise qui vont provoquer de grandes difficultés lors des négociations et créer un lourd héritage dans cette région.

Enfin le discours originel de Wilson sur les quatorze points (dont certains sont suffisamment vagues pour couvrir de nombreuses interprétations) devant le congrès américain en janvier 1918, et les termes du protocole d'armistice de novembre 1918, vont créer des attentes chez les allemands et les autres puissances vaincues, mais aussi chez les alliés qui ne se trouveront pas toutes rencontrées dans les clauses du traité, ce qui suscitera tensions et rancœurs.

La négociation du traité de Versailles peut se découper en quatre étapes cruciales, cette découpe reprend une phase préliminaire qui se situe entre les armistices et l'ouverture de la conférence de paix, soit tout le travail préparatoire définissant le lieu de la conférence (Paris), le lieu de signature du traité (Versailles), la lange des travaux (l'anglais pour la première fois dans un traité international, les parties conviées (37 pays si on considère la conférence officielle, auxquels il convient d'ajouter des dizaines de délégations venues plaider leur cause).

Enfin l'organisation même de la conférence, structurée en un conseil des dix, soit France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Italie et Japon avec deux représentants; et une conférence plénière réunissant tous les pays et gérant les demandes à travers une série de commissions (jusqu'à 52 au total), qui traiteront avec des experts et délégués chacun des sujets abordés par la conférence. Cette structure assez lourde, va ralentir et complexifier les travaux, et qu’une nouvelle structure exécutive, le conseil des quatre, réunissant exclusivement les chefs de gouvernement des quatre principales puissances prendra l’essentiel des décisions à partir de mi mars 1919.

Les deux étapes suivantes seront le centre du processus de négociation, avec une place prépondérante des mois de mars à avril 1919 où les quatre grandes puissances s'accordent sur l'essentiel des clauses. Enfin une dernière phase durant les mois de mai et juin, qui verront la présentation et la signature du traité par l’Allemagne.#

1. La partie préliminaire, qu'on peut situer à octobre/novembre/décembre 1918, période dans laquelle se succèdent les armistices avec la Turquie, l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne; puis les proclamations de nouveaux royaumes et nouvelles républiques qui imposeront une réalité dont devra tenir compte le traité: république d'Autriche, de Tchécoslovaquie, de Hongrie, royaume de Yougoslavie.

2. La deuxième étape commence à l'ouverture de la conférence de paix à Paris en janvier 1919, et se termine à la mi-mars 1919. C'est une phase procédurière où les différentes parties vont présenter leurs demandes et revendications. Les objectifs essentiels se rejoignent: il faut orchestrer le concert des nations dans l'après-guerre, imposer des sanctions à l'Allemagne, et contenir la révolution bolchévique.

Mais on voit déjà émerger les différences de perception entre le nouvel ordre mondial et la relance économique pour les américains, la défense et l'expansion de l'Empire pour les britanniques, et les demandes de garantie et de compensations territoriales pour les Français et Italiens d'autre part. On y verra la négociation s'enliser, de par une structure administrative trop lourde et la masse des demandes contradictoires et des attentes des différentes parties au traité.

3. La troisième voit la mise en place du conseil des quatre au 14 mars, qui est une structure allégée et plus dynamique, et voit une accélération à partir d'avril 1919, quand l'essence du traité quotidiennement se négocie entre les quatre grands; Clemenceau, Lloyd George, Orlando et Wilson; et d'où sortiront plusieurs compromis et les clauses plus controversées du traité.

4. La dernière est la présentation de ce traité à l'Allemagne, et ce sans grande marge de négociation pour celle-ci, ce qui va grandement compromettre le respect de certaines clauses dans les années d'après-guerre. Cette étape s'achève par la signature du traité à Versailles, lieu symbolique pour la France qui efface l'humiliation de 1870, et ce après une ultime dramatisation et des tentatives de renégociation de la délégation allemande qui sera mis face à un ultimatum en juin 1919 et finira par céder.

La ligne de temps de la négociation du traité de Versailles ci-dessous permet de retrouver vingt dates clefs et de mieux comprendre la dynamique de la négociation entre 1918 et 1920. Une seconde ligne de temps illustre une quinzaine d’événements extérieurs dans le contexte international qui ont pu influencer les parties à la négociation.


Tableau 3. Dates clefs de la négociation du traité de Versailles

14 octobre 1918 Demande d'armistice de la Turquie

3 novembre 1918 Demande d'armistice de l'Autriche-Hongrie

11 novembre 1918 Demande d'armistice de l'Allemagne

8 janvier 1919 Wilson rédige une première version du pacte de la Société des Nations (SDN)

10 janvier 1919 Note de Foch sur l'occupation militaire du Rhin

18 janvier 1919 Ouverture de la conférence de paix à Paris

03 février 1919 Première réunion de la commission traitant du pacte de la SDN

14 février 1919 Adoption par la conférence plénière de la proposition de pacte instituant la SDN

4 mars 1919 Wilson refuse de dissocier la clause sur le pacte de la SDN du traité de Versailles

14 mars 1919 Proposition anglo-américaine de garantie de sécurité à la France

24 mars 1919 Le conseil des quatre se réunit pour la première fois

5 avril 1919 La clause sur la responsabilité morale de la guerre est ajoutée au traité de Versailles

11 avril 1919 La commission SDN accepte les amendements sur la doctrine Monroe mais rejette les propositions françaises de force permanente et japonaise sur l'égalité raciale

24 avril 1919 L'Italie quitte la conférence de paix (qu'elle réintègrera le 06 mai)

7 mai 1919 Le texte du traité est présenté à la délégation allemande

28 juin 1919 Signature du traité de Versailles

07 juillet 1919 L'Allemagne ratifie le traité de Versailles

19 novembre 1919 Le congrès américain refuse de ratifier le traité

16 janvier 1920 Première réunion officielle de la SDN

21 janvier 1920 Fin de la conférence de paix à Paris


Tableau 4. Dates clefs de l'actualité internationale durant la période de négociation

1917-1923 Guerre civile russe (se termine à la prise d'Ayano-Maysky le 17 juin 1923)

1918-1919 Epidémie de grippe espagnole (30 à 90 millions de morts estimés)

1918-1921 Soulèvement irlandais (conclu par le traité de Londres du 6 décembre 1921)

6 mars 1918 Traite germano-russe de Brest-Litovsk

5 novembre 1918 Proclamation d'indépendance de la Pologne

12 novembre 1918 Proclamation de la république d'Autriche

14 novembre 1918 Proclamation de la république de Tchécoslovaquie

16 novembre 1918 Proclamation de la république de Hongrie

4 décembre 1918 Création du royaume des Serbes, Slovènes et Croates

18 janvier 1919 Les troupes françaises occupent la Sarre

22 janvier 1919 Tentative de conférence entre les belligérants russes en Turquie

4 mars 1919 La Troisième Internationale est fondée à Moscou

Février 1919 Début de la guerre russo-polonaise (elle s'acheva en 1921)

Mars-août 1919 République soviétique en Hongrie

Avril-mai 1919 République soviétique en Bavière

Mai 1919 Début de la guerre turco-grecque (elle s'acheva en 1922)

 

17 septembre 2014

Has the world a bright future to look forward to?

Has the world a bright future to look forward to?

Looking ahead can resemble writing science fiction but a balanced realism can help a lot in such attempt. There is, in fact, a recognition on the part of governments, international organizations, and the private sector of the need to develop a capacity for foresight in order to identify major global trends, assess their potential impact and fashion policy-making accordingly. Forecasting is often viewed as a statistical issue whose accuracy can be improved with probability training, team collaboration, and tracking.

But this is not a scientific endeavour, it is educated guess. Although the future is unknowable and full of surprises, thinking about the future major geostrategic events and their implications (even with a flawed prediction) can help to concentrate on areas where results can be achieved.

Foreword

Following the fall of the Berlin Wall, the world has become unreliable, unpredictable and dangerous owing to regional crises caused by ethnic, social and religious factors in combination with lack of tolerance and continuous resort to confrontation.
But none of the existing organizations nor any nation acting alone will be able to deal with such a situation: what is badly needed is global governance able to cope with future challenges and threats. Such a task should necessarily be on the supranational level and coordinated with the United Nations.
In this context the challenge for the Western world to survive and have its say in the future is to manage the global power transition, to stimulate its citizens with fresh motivations, to cope with the volatile international situation and create a zone of common interests and shared responsibilities – a zone not directed against anyone, but open to all who share Western values expressed by human rights, freedom, rule of law, good governance, peace and stability.


It is likely that in the next decades no country (whether the US, China, or any other large country) will be a hegemonic power. Asia weight in the global economy will consistently increase, thus reversing the rise of the West since 1750. Two more features will likely characterize the new era: demography with rapid aging and increasing demand of food, water and energy.
Hopefully, owing to poverty reduction, growth of the middle class, educational improvement, and better health care there is more potential for individual initiative.

In addition to Brazil, Russia, India, China and South Africa (BRICS), regional players such as Colombia, Mexico, Indonesia, Nigeria and Turkey will become important to the global economy. Meanwhile, the economies of Europe, the US and Japan are likely to start a slow recession.
The current largely Western dominance of global structures such as the United Nations Security Council (UNSC), World Bank (WB) and International Monetary Fund (IMF) will probably be transformed in line with the changing hierarchy of the new economic players.

Challenges

Historical trends during the past two decades show fewer major conflicts with intrastate conflicts gradually increasing. The next decades will likely be characterized by political instability, changing climate, resource scarcity, population growth, resurgence in ideology, shift in global power from West to East, from a uni-polar to a multi-polar distribution of power with many states and institutions competing for regional and global influence. As already stressed no state, group or individual can meet these challenges in isolation, collective response will be needed.
Key future challenges are therefore: the US role in the international system; the role of the EU and the emerging powers; understanding and influencing the dynamics and relationships among a diverse set of players comprehensive of state and non-state actors; crises and discontinuities; exasperation of ideology; environment; demography; globalization; middle class; terrorism; finance; governance.

The United States

The short term replacement of US by another global power and establishment of a new international order seems unlikely: no other power could achieve such panoply of power in a limited timeframe. The emerging powers are eager to take their place at the top table of UN, IMF and WB, but they do not have any competing vision. Although ambivalent and even resentful of the US-led international order, they are more interested in continuing their economic development and political consolidation than contesting US leadership. In addition, the emerging powers are not a bloc: thus they do not have any unitary alternative vision. Their perspectives are more keyed to shaping regional structures. This is why a collapse or sudden retreat of US power would most likely result in an extended period of global anarchy. A declining US unwillingness and/or reduced capacity to serve as a global guardian (able to provide a worldwide constabulary force) would be a key factor contributing to instability, particularly in Asia and the Middle East. Although China could outstrip the US as the leading economy in the next decades, US will remain an indispensable world player, bolstered also by the achievement of energy independence.

The European Union

The EU, a global economic and trade giant and a model in promoting universal democratic values and human rights, needs to be a global political player able to promote international peace and security and protect its interests through credible civilian and military capabilities. Unfortunately, despite its aspirations to being a worldwide strategic player, Europe is considered only a start-up enterprise since its foreign policy is unable to move from the tactical to the strategic level. The European strategy should be both geopolitical and intellectual, able to mediate between two controversial issues: on the one hand the optimistic view that Brazil, Russia, India, China and South Africa (BRICS) and other emerging countries will not try to undermine the current liberal global order, and on the other the pessimistic vision of close competition resulting in conflict.


Despite the difficulty of pursuing a global strategy, a window of opportunity is available to the EU so as to take the initiative together with the US and cope with worldwide issues while the rest of the world for the time being looks unwilling or unable to build up an alternative bloc. 
As for the future of its strategic neighborhood to the East and South, the EU has a fundamental interest in ensuring that the region does not miss out on the benefits of economic growth, connectivity and new governance frameworks, while supporting state building and preventing serious conflicts between its neighbors.

The European Union, the United States and NATO

The role of Europe and the US in this future multipolar context is to prevent the fragmentation of the world and exert classical influence by leveraging disparities of power. The interdependency of threats requires an interaction between the global players on the one hand and between regional and local actors on the other, while accepting that a regional hegemonic role is to be played by the global players.


Europe and America must therefore cooperate, by design or by default, by choice or by necessity, and agree on how to proceed in identifying a future world order where both have to play a key role in adjusting the balance of power so as to increase global governance. As a matter of fact, when considering the US, NATO is the only organization that commits the US and Europe in a legally and mutually binding way to defend each other collectively. The US, NATO and the EU, the so called Western world, have often largely similar political interests, even if they occasionally pursue different objectives but the bottom line is that there is still limited security for Europe without the US and there is no hope for the US to sustain its role as a key worldwide player without Europe as ally. The EU and NATO are therefore the toolbox available to the Euro-Atlantic nations in addressing global challenges. This is why Europe must cease to be a political and strategic dwarf and co-shape the current and future transitions of the international system by seeking new deals with key world players: in this context cooperation with the US and NATO is the only way to both preserve Western values, culture and civilization and blaze a trail in the achievement of international peace and security.

Emerging powers

Emerging powers are not likely to have a revisionist view of the world order. As they strive for greater influence in the world arena, their elite and public opinion have increasingly objected to hegemonic behavior or extensive interventions by the US.
Nevertheless, significant barriers still prevent them from building up the intellectual, political, military and diplomatic capacities necessary to project power and influence internationally.


In general, the health of the global economy will increasingly be linked to how well the developing world does – more so than the traditional West. In addition to China, the developing nations that will become especially important to the global economy include Brazil, Colombia, India, Indonesia, Mexico, Nigeria, South Africa and Turkey.


In the next decades emerging economies such as Mexico and Indonesia could be larger than the UK and France, and Turkey larger than Italy.
Outside the G20, Vietnam, Malaysia and Nigeria all have strong long-term growth potential.
Some emerging economies will remain more focused on low cost production (e.g. Vietnam and Indonesia) while others, such as China, Brazil and Russia will become increasingly important as consumer markets while real wages increase and probably also real exchange rates appreciate.

China, India and Russia

In 2010 the EU accounted for 29% of the world GDP, with the US at 26%, Japan at 9% and China at 8%.
China is projected to soon overtake the US as the largest economy in purchasing power parity (PPP) terms and, later on, in market exchange terms. India could become the third global economic giant by mid-century, a long way ahead of Brazil, which would move up to 4th place ahead of Japan.China, India and Russia.


Russia could overtake Germany to become the largest European economy.Strategic partnership and cooperation between China and India is rapidly evolving. The two countries are already connected through actively developed bilateral relations with India focused on Southern Asia and China looking towards East Asia. In recent years through BRICS, BASIC (Brazil, South Africa, India and China), G20 and other joint associations, China and India have pursued effective cooperation in areas like combating the financial crisis and climate change, assisting in multi-polarizing the world, democratizing international communications as well as protecting the rights of developing countries. These two countries, playing an increasing role in biotechnology and nanotechnology, are the potential superpowers of tomorrow and are already heavily engaged in the quest for supply of hydrocarbures and in the competition for commodities and investment markets.


As for Russia, its focus will likely continue to be addressed to Central Asia, the Balkans, the Caucasus, the Baltic, and the Arctic. Russia's clout could anyway diminish, as could the economic strength of other countries reliant on oil revenues.

State and non-state actors

Globalization and rising levels of interdependence among states will change the nature of power, making it harder for individual states to dictate the course of events.


Power and influence often lie outside the classic state-structures and Westphalian models that have defined the post WWII era. The state remain relevant, but more than ever before the global power landscape is shared with other actors and networks: the state-based power may no longer be central to exerting influence in this new environment.


Moreover, power is shifting from the “West” to the “rest” and downwards to individuals and non-state actors. A rise in the number of “middle powers” will impact on regional and global politics. This polycentric world will present new challenges and opportunities. Hopefully, global challenges will be confronted by states together with subnational government authorities and non-state bodies. New and emerging technologies that favor greater empowerment of individuals, small groups and “ad hoc” coalitions increase the power of non state actors. A committed transnational elite together with a conscious middle class will deal with issues such as poverty, environment, corruption, rule of law, and power. Countries do not disappear but governments increasingly see their role as organizing and orchestrating “hybrid” coalitions of state and non-state actors which shift depending on the challenge.


Authoritarian regimes – preoccupied with asserting the primacy and control of the central government – will find it hardest to operate in this world. Smaller, more agile states where the elites are also more integrated are apt to be key players more so than large countries which lack social or political cohesion. Also global governance institutions that do not adapt to the more diverse and widespread distribution of power are less likely to be successful.
Bottom line is that although classic state power still matters, a new model must consider the strategic suasion and the role of non-state networked actors to influence for good and in parallel with classic state power.

Environment

Harmful environmental changes are taking place in an increasingly globalized, urbanized, industrialized, interconnected and fast moving world amidst shifting geopolitical power balances.
The current level of depletion, pollution

, climate damage together with the lack of any conventional and cheap oil left will involve additional money and pollution in order to get oil from shale oil or from the Arctic or from a great depth.
The degradation of the ecosystem could thus threaten future human well-being, heighten risks and reduce development opportunities, especially for poor and vulnerable populations.


The prospects to remedy such situation are dependent on the capacity of individuals, institutions, countries and the global community to respond to environmental change.
Even though national and regional responses have begun to address environmental challenges, a global response is badly needed in promoting coordination and integration by setting goals and developing metrics, supporting capacity enhancement, generate financial resources and facilitate the sharing of best practices.


The private sector and civil society could be invited to build a stakeholder web to enhance access to information and to mobilize new partnerships.
At the global level, there is the need to motivate citizens, companies, institutions, networks and governments to cooperate and deliver ambitious policies and action by investing in an environment in which sustainable solutions can represent the most effective and meaningful global response.
Addressing the underlying drivers of global environmental degradation, rather than the symptoms, requires the sustained evolution of rules, institutions, economic systems and values to transform the current approach to environmental management. The capacity of the international community to deliver solutions to environmental problems is a function of its ability to establish and maintain flexible and holistic governance and management frameworks at global and national levels.

Demography

In the next few decades the world population may have reached a plateau. An important demographic trend is the aging population in Europe, Japan, South Korea and Taiwan, which could slow their economies further.
The fertility rate is likely to fall due to the education of women, increased urbanization and more availability of contraception. Notwithstanding the increasing life expectancy the effect of falling fertility is stronger so that the global population is likely to stabilize and, in some cases, as already happening in Japan, to slowly decline. Average living standards and educational levels should improve. But a world with an aging population is a constraint.

Globalization

Global trade in goods may stall while trade in services grows in importance.


In fact, the world production of goods and services may level off and starts a decline. When an economy matures, there is the shift from agriculture to manufacturing , and then to service production, services and social care, as already happening in the US. The problem is that economic growth is the only way modern society can remedy to poverty, unemployment and pensions. A possible solution is a large-scale redistribution of work and income but, while authoritarian regimes like China might succeed in such endeavour, free-market democracies are unlikely to achieve it in a peaceful manner. Consequently, stress is likely to increase on welfare systems. Reforms of welfare and social innovation will have to go together with adaptation of jobs and workplace if participation in the labor force has to include more women, part-time workers or disabled citizens.


Income differences across countries will likely narrow. The US, China and the EU will remain the three economic poles of the world with the Chinese economy expected to become the largest, subject to rebalancing and institutional reforms.

Middle class 

A larger global middle class, better educated with wider access to health care and communications technologies, is set to grow worldwide. Millions of people will climb out of poverty and gain new individual power: for the first time a majority of the world population could not be impoverished, and the middle classes will be the most important social and economic sector in the vast majority of countries around the world. Education will become increasingly important as countries seek to develop knowledge-based economies, impacting on gender equality and the empowerment of women. But, as social expectations increase and income distribution may continue to be asymmetric, the purchasing power may shrink for the middle class due to the likely increase of education, healthcare and service costs. 

Terrorism

The Middle East and North Africa (MENA) are the epicenter of a struggle for the future of Islam and the control of largely Islamic states spreading from East Asia to Morocco. While terrorist casualties in the West have been minimal since the mid-2000s, the extremists continue to target Muslims (moderate Sunnis, Shiites, and other sects of Islam) and other faiths in Islamic countries or other countries with large Islamic minorities ranging from India to Lebanon. It is time that the West accepts that the violent struggle for the future of Islam is the consequence of decades of failed secular politics and governance and is tied to mass demographic problems, weak or failed economic development, and deep sectarian, ethnic and tribal divisions. Calls for rapid democracy, rule of law, and human rights based on Western values ignore the lack of viable institutions to build upon. But political change cannot be brought by popular upheavals in states not having viable political systems, structures of governance and functioning economies.


The current Islamist phase of terrorism might therefore increase in the next decades with terrorist groups having more access to lethal and disruptive technologies: IT terrorists could focus less on causing mass casualties and more on creating widespread economic and financial disruptions. Terrorist could mount a computer-network attack in which the casualties would be measured not by the hundreds or thousands killed but by the millions severely affected by damaged infrastructures, like electrical grids being taken down.


It is therefore important to empower governments in a society where information moves at the speed of Twitter, where the American David Headley was able to use Google Maps to help plot the Mumbai terrorist attacks in 2008, where the Colombian Oscar Morales used Facebook in 2007 to mobilize 12 million people around the world to march against the FARC and protest against the terrorist guerrilla organization , where companies like Amazon, MasterCard and PayPal have shut down illegal funding sources in ways swifter and more effective than government-led legal action.

Ideology

IdeologyWhile fascism and communism might not be on the horizon, greater attention is to be paid to ideology.
Nationalism will remain a powerful force, especially as the international environment becomes increasingly competitive, and far-right ideologies may see a revival.
New influential ideologies may emerge inspired by religion, philosophy, ethnic difference, nationalism inequality or a combination of these factors. Ideological conflicts are likely to occur and extremist groups may use violence to achieve political objectives by also resorting to diaspora communities unable to integrate.
It must be remembered that many core values in the MENA countries are tied to Islamic, Arab and local standards: as already stressed calls for instant democracy are likely to make the situation worse. The West cannot control or shape ideological conflicts when they occur, only exert limited pressure and influence – supporting the best elements and putting pressure on the worst.

Finance

The fragility of the European banking system and the loose monetary policies pursued by the Bank of Japan, the Bank of England and the Federal Reserve would require a robust action by the European Central Bank , but Germany is opposing such a move. Meanwhile, the China Bank will continue to accumulate more gold reserves and buy foreign currencies. International currency management will thus become an even more direct expression of geostrategic worldwide influence. On 23 July 2014 Brazil, Russia, India, China and South Africa (BRICS) established the BRICS Development Bank at their summit in Brazil. Such a move is scheduled to start a gradual but steady process having long-term implications for global order and development. This initiative, with China in the lead, while demonstrating the viability and dynamics of the BRICS is a direct challenge to the global order led by the West and represents a response to the failed reforms at the IMF and World Bank, thus pushing both institutions to be more open and transparent.


But the competition between the BRICS bank on one side and IMF and WB on the other should be about efficiency rather than a struggle between liberal and alternative economic philosophies. In the long run, however, the competition between the two will intensify and the final outcome will depend on the balance of power between the two blocs: the developing and the developed world.


As a matter of fact, the ensuing possible fall of the dollar as the global reserve currency and substitution by another or a basket of currencies would indicate the loss of US global economic and political influence.

Governance

Government decisions are frequently driven by short-term party interests, ideological beliefs, pre-suppositions and populism. This results in a lack of statesmanship, far-sightedness and transparent accountability. In a multipolar geopolitical system a nation's predictability becomes thus very difficult and dangerous. It was much easier in the bipolarity of the Cold War.
Global access to information is important but can spread worldwide, through an emotional debate, uncorrected and generally accepted opinions not based on scientific facts.


Stable governance needs fundamental values which should not be changed by the governing majority of the day. A secular state with separation of state and religion is optimal even if religion is important to preserve values (a lack of religion gives way to indifference and, consequently, populism).
Government activity should not be dominated by short-term considerations: unfortunately, neither the capitalist system nor democratic society appear willing to sacrifice short-term advantage in order to create a future better life. Frankly speaking, short-termism in democracies and in capitalism will hinder an effective response: the problem is not a lack of technology, nor the economic cost, but the way governments will choose to organize decision-making.

Crises and discontinuities

A more fragmented international system increases resource competition, spread of lethal technologies, the risk of conflicts between states and spillover from regional conflicts.


The risk of conflict within a state remains high in parts of Middle East and South Asia, in sub-Sahara Africa, and in some Asia-Pacific island hot spots, while future wars in Asia and Middle East could include nuclear weapons.
Pressure on resources, climate change, the plight of poor people, and the changing distribution of power are likely to result in increased instability and armed conflict.Climate change will result in global temperature increases leading to more desertification and exacerbating water management problems in China, India, Pakistan and Bangladesh.


Distribution and access to resources will be uneven increasing instability and possibly triggering conflict.
Humanitarian crises are likely to occur with the possibility of forced migration and disrupted food production possibly tempered by improvements in developing high-yield, disease resistant crop.
There will not be enough food to avoid starvation completely, but there will be enough food to feed those who can pay. Farmers are unwilling to increase the food production if poor people are unable to buy it.


As for energy, notwithstanding a scheduled increase in wind, solar and biomass energy which could make up around 40% of total energy consumption, the likely dismission of Western nuclear power plants and the high cost of shale oil and gas will rocket the price of energy
No real progress can come from focusing on each crisis as if more were not to come , and solving the crisis would amount to temporarily treat the symptoms rather than the underlying cause. Furthermore, each country case must be addressed individually although the full range of regional and outside forces must not be ignored. Focus must be on strategic patience and continuing efforts while accepting major reversals, taking casualties in the process, and try and try again.


The best-case scenario is a growing political partnership between the US and China. But it could take a crisis to bring them together like a nuclear standoff between India and Pakistan resolved only by cooperation between Washington and Beijing.
The worst case scenario envisions a stalling of economic globalization that would preclude advancement of financial well-being around the world. That could be caused by the outbreak of a health pandemic that could result in closed borders and economic isolationism.

Conclusions

In the 21st century the nations able to resort to the global available potential and to the opportunities associated with innovation and technology will enjoy more power and exert more influence than ever.
Shaping global policy by extrapolating from the past will allow to invent the future and to gain cognitive leadership, which will be a function of position, involvement, diplomatic skill and constructive behaviour.
In this multipolar world where there will be no hegemonic state (power will shift to networks and coalitions), US is likely to remain the top military power although in political and economic terms its previous hegemonic dominance is to be constrained by new entries becoming more and more confident and powerful.


While a global government is improbable, global institutions such as the UN, the World Trade Organization (WTO), G8 and G20, World Bank and the International Monetary Fund will likely remain influential in addressing the problems of a highly globalized and interdependent world. The contemporary powers will remain reluctant to share power and the rising and emerging powers will seek appropriate levels of recognition, especially in the UNSC.
Informal spheres of geopolitical influence are likely to form around the leadership of China, India, Russia and the US. Similarly, middle and lower-rank powers are likely to unite into regional blocs, often based on trade and economic links, geographical proximity and common security challenges, political or religious ideology, in an effort to maximize their collective influence.


The Western model is, anyway, unlikely to be attractive to governments struggling with poverty, climate change, and global inequality, especially where ruling elites fear loss of political power. These states, especially in developing economies, are likely to adopt alternative models: for example the “Chinese Model” of a more planned, regulated and controlled political and economic market system.


US, UK and Japan will form the backbone of the Western strategy towards China and its East Asian geopolitics. As for the EU, its near-unbreakable self-belief in its own magnetism and the divergences between Members States could unluckily result in confirming that the EU remains a political and strategic failure, unable or unwilling to adopt a robust internal and external posture and to cope, together with the US, with global challenges.
It is necessary to establish and support strong governments that shall embody our ideals and aspirations: most of the solutions to today problems do already exist and the only reason they are not implemented is the absence of strong governments decisively supported by civilized, committed, conscious, solution-oriented citizens willing to build for the future. Bottom line: no more short-term ineffective policy but long-term visionary policy inspired and informed by high politics.

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7 septembre 2014

The challenges of modernity in Iran

In this short paper we will examine the challenges posed by modernity to the traditional society in Iran, in particular in the period ranging from the 19th century to the present days. For this we will examine the elements of the three patterns, namely secularism, religious reform and traditionalism that impacted Iranian society and how they lay the ground for the success of the fourth one, fundamentalism. Our argument is that the fundamentalism that dominates Iran nowadays, is both a counter reaction to the successive reforms/revolutions and the external or internal threads that Iran had to face over the last centuries, and can be seen  as a factor of a cultural and political influence .To illustrate our argument we will refer to some examples from the long period of successive of reforms and revolutions that have shaken Iran over the last two hundred years. In the first paragraph, we will examine the central element of challenges of modernity, in the following paragraph we will review each pattern in relation to examples from Iranian recent history and as conclusion we will summarize our findings and the correlation we can establish with the current situation.  

On modernity threads for traditional society, in our example Iran: first the concept that modernity and religion are exclusive patterns are a classical argument in the western society, meanwhile we should examine this in the context of Muslim societies where there is no such clear separation of the secular and the spiritual spheres (that is after all quite recent in the western democracies), so we should specifically ask how the values of modernity have influence Iran, and be accepted or rejected in this Muslim society. We will examine this in the next chapter, but we can already see clear patterns across their history: "modernist" reforms were top-down movements, often with support from abroad; "modernist" reforms were lacking of a clear strategy and strong leadership; then in at least two occasions (see video 5.3 on the constitutional revolution of 1905-1911, and video 5.4 on the nationalist reforms of Mossadegh 1951-1953) key reforms  were crushed by foreign interventions; and finally modernist reforms have to be analyzed in the context of the great games where Iran was involved (first the Russian/British Empires rivalry, second the British/German/Russian-Soviet rivalry , and third the US-Soviet rivalry) with the strategic position and latter the  raw resources of Iran at stake. This can explain that modernization of the country was not under the best auspices but the transition from a religious Muslim society into a civil Muslim society is a possibility and could occur, even with authoritarian regime as we have seen with the example of Turkey under Ataturk (see D;Eickelman Islam and the Languages of Modernity in MIT Vol. 129, No. 1, Winter, 2000 ) , however  the lack of vision of Iranian leaders and the tragic end of the reformists (Reza Shah in 1944, his son Mohammed in 1980 or Mossadegh in 1953) but also the lack of support of elites and the weakness of the armed forces to support reformism doomed this possible evolution. 

As we examine patterns that could have shaped Iran, we see successive failures or blocking points to change the nature of the society. Religious reformism is itself a difficult road for Iran that represents on its own a minority in the Muslim world surrendered by Sunnis countries that had always difficult and conflictual relations with Iran, that is perceived as a former hegemonic power but also a religious rival. This foreign threads could only lead to a reinforcement of the conservatism and radicalization of the religious beliefs. Some attempts towards secularism were attempted, a very close movement to was we saw in Turkey can be illustrated by the social revolution of 1905-1911; at a time were Russia was weak (the Russian-Japanese war of 1904-1905 was mobilizing their attention), the British influence had a positive influence and helped reformists, but as soon as the foreign powers had concluded a new alliance they were doomed, again we can see a forced "westernization" in the 1950-1970 period but combined with corruption, political errors and authoritarism this lead to a revolution supported by the clergy and most parts of the political opposition. The traditionalism seems to represent a id term in the Iranian context but if we remember the many foreign interventions that influence the political life of Iran and the 1980's when the revolution take its roots (and from which legitimacy was reinforced by the Iraq-Iran war of 1980-1988 that became part of the mythology ) , the more fundamentalist part of the movement was reinforced. It appears as a protector against the Sunnite (Saddam Hussein played also the card of the Arab leader against the Persian enemy) and the western values. This fundamentalism translated into many aspects of the society and can be illustrated through examples: the religious police (Mutaween), the division of the armed forces between the regular army and the Guardians of Islamic Revolution , the legal and political role of the Shiia clergy class and the leading role of the Ayatollah in Iran.  

In conclusion, we can see that Iran as handle modernity on their own terms and turn this into another societal model, a model that has an influence outside of their borders, within the political sphere of influence of Shiism (in areas where Shiia minorities or majorities are present) but even further as an anti-western model that could represent or an alternative or an ally to counter western hegemony (North Korea or Venezuela) The paradox is that one of the strongest strategy and political vision in Iran was the fundamentalism developed by Khomeini (see video 5.5 ) in the outcomes of the revolution of 1977. A vision that succeed to gain popular reforms and to extinguish (often with brutality) not only the previous regime but also all political alternatives and became its only legitimate representation. A fundamentalist vision that enforces also the influence of the regime outside of Iran and in return enforce its prestige inside of the borders.

 

 

7 septembre 2014

Le rôle mondial de Singapour

Singapour représente un exemple de réussite économique et de stabilité politique dans une région devenue un point nodal de la géopolitique au cours des dernières décennies. Elle est également cité par certains penseurs de la doctrine libérale en relations internationales comme un modèle de future puissance dans les prochaines décennies, centrée sur le contrôle des flux commerciaux et le développement des services financiers et intellectuels et non plus sur la superficie, la population ou les forces armées. Cet état insulaire a bâti sa prospérité et sa particularité sur le commerce maritime et les flux financiers, bénéficiant d'un des niveaux de vie les plus élevés d'Asie, d'une situation stratégique sur le détroit de Malacca, et d'une structure étatique autocratique et autoritaire, sous un vernis de parlementarisme.  

De par sa position géographique, sa démographie, ses liens culturels et commerciaux, une relation particulière existe avec la Chine. Mais Singapour est également un allié de longue date des Etats-Unis, et est lié à d'autres états de la région (en tant que membre de l'ASEAN, l'APEC et l'AFTA). Ceci implique pour la cité-état des choix et des arbitrages difficiles pour préserver son autonomie, tenant compte de ses dépendances en énergie, eau et main d'œuvre, de l'absence de profondeur territoriale et de sa faiblesse relative face à des voisins comme la Malaisie (on renvoie ici au concept de petite puissance de Rothstein appliqué à Singapour).

Dans le contexte d'une montée des tensions et rivalités entre la puissance américaine dominante et la puissance émergente de la Chine en ce début de siècle, notre hypothèse est que Singapour pour préserver sa spécificité et son indépendance politique continuera à chercher un équilibre des forces , ne s'alignera complètement ni sur la puissance chinoise ni sur la puissance américaine, objectifs clairement définis dans la politique étrangère de Singapour , jouant sur la rivalité des deux géants pour préserver son indépendance.

Position géographique de Singapour

Institut Supérieur d’Economie Maritime : cartographie ISEMAR: Singapour Territoire Maritime, Juillet 2011,http://www.isemar.asso.fr/fr/pdf/carte-isemar-60.pdf. 

Position géostratégique de Singapour 

Située à l'embouchure de l'artère cruciale pour les flux énergétiques entre Moyen-Orient et Asie qu'est le détroit de Malacca, Singapour occupe une position clef pour le contrôle de cette voie maritime. De fait qui contrôle Singapour contrôle Malacca, et qui contrôle Malacca contrôle le commerce maritime de l'Asie. Cette voie stratégique pour la région, l'est en particulier pour la Chine  comme on peut le voir par les cartes et l'analyse du trafic: 60% des besoins en pétrole de la Chine transite par Malacca, et elle y transporte en sens inverse, notamment vers l'Europe (20.5% de ses exportations), des biens agricoles et manufacturés.

Pour la Chine, l'embouchure du détroit représente aussi un goulot d'étranglement pour ses forces navales. Elle a donc intégré Malacca dans sa stratégie du "collier de perles"; en développant à l'est sa base de Hainan et à l'ouest des accords de mise à disposition d'infrastructure portuaire notamment avec la Birmanie, le Pakistan ou le Bangladesh. Tandis que les Etats-Unis via alliances et accords bilatéraux, entre autres avec les Philippines, l'Indonésie et Singapour, cherchent à préserver le contrôle des voies maritimes, voire à pouvoir briser le collier si nécessaire. Singapour se trouve jouer un rôle important dans le pivot stratégique vers l'Asie-Pacifique-Océanie initié par les Etats-Unis depuis 2011.  Et partant de cette importance stratégique, on comprendra que si aucune des deux puissances ne souhaitent que l'autre domine le détroit, ils ne voudront pas qu'une puissance tierce s'en assure le contrôle, ce qui protège et détermine les rapports de Singapour avec ses voisins immédiats et les puissances locales que sont la Malaisie et l'Indonésie.

En termes économiques, Singapour a des atouts importants, deuxième port du monde en tonnage après Shanghai, et deuxième place financière d'Asie devant Hong Kong et Tokyo; la cité état s'est aussi développé dans le secteur des hautes technologies et le raffinage de pétrole. Singapour n'est pas qu'un acteur maritime, elle est enchâssé dans la Malaisie qui constitue son arrière-pays, elle dépend d'elle pour 20% de ses approvisionnements en eau et pour une large partie de ses importations (10.7% à parité avec les Etats-Unis).

La Malaisie, qui partage un passé colonial et un processus d'indépendance commun, garde un lien étroit avec Singapour et constitue un réservoir migratoire pour la cité (qui a mené une politique de contrôle des naissances stricte), qui a un besoin important de main d'œuvre pour soutenir son développement. Cet apport migratoire pourrait bouleverser à terme les équilibres démographiques et donc politiques de  la république de Singapour. Les autres faiblesses intrinsèques de Singapour son l'étroitesse de son territoire (malgré des expansions gagnés sur la mer) et l'absence de matières premières, qui ont déterminé son évolution économique (on retrouve ainsi des caractéristiques comparables aux industries portuaires belgo-néerlandaises).

Enfin, au niveau militaire, Singapour consacre plus de 8 milliards d'euro soit 5% de son PIB à des forces armées bien équipées et entraînées, notamment pour sa marine et ses forces aériennes. L'armée s'appuie sur des accords de coopération militaire et des traités de défense, le plus important étant les "Five Power Defence Arrangements" entre Singapour, la Malaisie, l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Royaume Uni, remontant à plus de quarante ans et qui ont évolué d'un accord de défense aérienne vers une défense de zone intégrée. De plus, elle participe régulièrement à des déploiement opérationnels, ce qui montre sa capacité de projection et compense ainsi leur relative faiblesse numérique.

Singapour et les structures régionales 

Singapour, de par sa position stratégique et son activité commerciale, se doit de mener une politique libérale au sens géopolitique, pour assurer sa survie politique. Et existe donc autant à travers son influence dans les structures régionales que par ses liens bilatéraux. Singapour est un des cinq membres fondateurs de l'ASEAN, et s'est montré favorable à son élargissement graduel, au développement de zone de libre échange (AFTA signé en 1992 à Singapour) et est notamment à l'origine de l'initiative ASEAN+3 qui associe aux états membres, la Chine, la Corée du Sud et le Japon. on retrouve donc ici une interaction importante avec la puissance chinoise et un forum qui a permis à Singapour de peser sur les enjeux diplomatiques.

A travers, l'ASEAN et l'ASEAN+3 les objectifs sont le développement des liens économiques et de position commune notamment à l'OMC, mais également de peser sur des enjeux sécuritaires. Alors que la région Asie-Pacifique a vu depuis quelques années, un exemple de dilemme de sécurité, notamment dans la relation triangulaire Japon/Chine/Etats-Unis; la priorité pour un état d'économie tertiaire comme Singapour est de multiplier les plateformes et les initiatives d'intégration et d'échanges pour éviter une montée des tensions tant internes qu'externes et le basculement vers des solutions militaires. On note également que le renforcement des liens entre ASEAN et Chine, au départ relativement hostiles a permis une meilleure coopération et des avancées diplomatiques et économiques ces dernières années.

Certains commentateurs avancent l'argument que la montée en puissance chinoise va amener l'ASEAN a favorisé la recherche d'un contrepoids extérieur (balancing policy), donc un rapprochement avec les Etats-Unis (voire avec d'autres puissances régionales comme le Japon ou l'Australie); mais d'autres s'appuient sur des liens culturels, historiques et économiques (les volumes d'échange ASEAN-Chine mais également le poids des IDE chinois à Singapour et inversement) pour y voir une politique de suivisme avec la Chine ("bandwagoning").

Toutefois les dynamiques internes basé sur la recherche du consensus et une certaine vision culturelle de la diplomatie, leur histoire (les états ASEAN partagent des expériences coloniales et conflictuelles avec les diverses puissances extérieures) mais aussi l'absence de position commune voire des divergences d'intérêt, indiquent plus la recherche d'un équilibre mouvant, voire de "neutralité" entre les deux grandes puissances, mais aussi un renforcement du poids diplomatique de l'ASEAN (et donc de Singapour) en tant qu'acteur et médiateur dans les tensions autour de la mer de Chine Méridionale et ses importantes ressources.

Singapour est également membre de l'APEC, un forum économique intergouvernemental, qui réunit une vingtaines de pays riverains du Pacifique et vise au développement régional. Cette structure non contraignante n'a pas une vocation intégratrice comme l'ASEAN mais a l'avantage d'inclure des puissances économiques majeures tels la Chine, les Etats-Unis, la Russie, le Canada et l'Australie, et permet un positionnement supplémentaire de Singapore sur le plan diplomatique et économique afin de renforcer l'approche libérale et libre-échangiste.

Conclusion

La "realpolitik" ambivalente de Singapour qui est qualifiée de "hedging" en relations internationales. Elle s'appuie sur une approche pragmatique qui a pour principal objectif la survie politique et le développement économique. Tissant des liens économiques et culturels avec la Chine, mais gardant une distance dans ses orientations stratégiques et politiques, bénéficiant d'alliances comme les Five Power Defence Arrangements et le bouclier américain, jouant sur des alliances régionales notamment l'ASEAN. Singapour bénéficie de sa distance géographique avec la Chine, tout en jouant un rôle de gardien du détroit vital pour celle-ci, et assumant sur un rôle diplomatique dans les relations entre la Chine et les autres puissances d'Asie du Sud Est. On pourrait résumer l'équilibre complexe de la politique régionale menée par Singapour par cette formule: "le commerce avec l'Orient, la sécurité avec l'Occident".

 
30 août 2014

Uchronie

L'Uchronie ( le non temps pour les adeptes du Grec), qu'on peut définir par l'Histoire refaite en pensée telle qu'elle aurait pu être et qu'elle n'a pas été, est un des sujets récurrents de la SF , et est devenu un sous-genre de cette littérature où se mêle le plus étroitement nos deux thèmes.

Le sujet est vaste puisqu'on part de la modification d'un événement du passé pour aboutir à un présent ou un futur alternatif ; il y a là bien des paradoxes puisqu'on dépasse (on enrichit même) le cadre de la SF "classique" tel que décrivant un "avenir" possible ; on touche et on entremêle d'autres thématiques comme les univers parallèles (chaque ligne temporelle a sa version de l'Histoire) ou le voyage dans le temps (c'est un incident fortuit ou voulu par un voyageur qui déclenche l'alternative historique). Elles servent parfois simplement de cadre à une histoire de 'hard science' ou de 'space opera' ( dans les romans de Baxter sur la colonisation de Mars où le cadre est une terre alternative qui a continué la course à l'espace dans les années cinquante); ou sont des prétextes à des jeux sur la réalité et l'effet miroir ( l'exemple le plus abouti est le Maître du Haut Château de P.K. Dick où l'Histoire telle que nous la connaissons est décrite comme uchronique dans le roman).

Les Uchronies ont d'abord et essentiellement été des fables philosophiques et politiques, et sont restées longtemps un genre qui relevait plus de la littérature de fantaisie ou purement militariste, avec peu de talent littéraire et une imagination plutôt limitée; et cela reste encore un courant important (au sens du nombre de volumes publiés et non majeur pour sa qualité) dans la littérature anglo saxonne; les deux thèmes récurrents étant la guerre de sécession - il semble que certains auteurs ont une nostalgie prononcée du vieux Sud - et la seconde guerre mondiale (avec au choix la victoire des nazis, avec ou sans intervention divine ou extraterrestre; un conflit prolongé de quelques années avec ou sans retournement d'alliance et progrès scientifiques); selon les auteurs cela peut donner du techno thriller amusant à lire un weekend de pluie ou du très pénible roman historique avec beaucoup trop d'approximations.

Mais donc quel intérêt si l'Uchronie était uniquement illustrée par ce que je vous décris, heureusement le génie s'est penché sur quelques auteurs; cela nous donne des bouquins hybrides qui dépassent souvent le cadre original et pourraient être recommandé à tout historien en herbe et philosophe en ballade. Je pense par exemple à L'histoire revisitée de Eric Henriet publiée aux Belles Lettres. Cette encyclopédie fait une synthèse de grande qualitéé de ces courants et des possibilités de l'imaginaire uchronique. C'est simple vous aurez entre les mains la bible sur le sujet.

4 août 2014

Les risques majeurs pour l'Humanité dans les dix prochaines année

On peut établir une typologie distinguant risques naturels et humains, et classifier ensuite chaque catégorie par une mesure de leur criticité et occurence.

On peut établir une typologie distinguant risques naturels et humains, et classifier ensuite chaque catégorie par une mesure de leur criticité et occurence.

Risques liés à la seule activité humaine 

 - les mouvements d'insurrection et de contestation, et soulévements populaires menant à la répression, la déstabilisation des institutions lesrébellions armées. Ces situations si elles ne sont pas encore des guerres ouvertes, sont domageables pour le dévelopement politique, économique et humain.

 - le terrorisme international, dans ses déclisnaisons politiques d'extrême gauche à extrême droite,anarchiste ou religieux, y inclus sa variante de cyberterrorisme; mais aussi les dérives sécuritaires idéogiques qu'ils suscitent dans les pays ciblés et dans les pays refuges;les premiers sont conduits à des dérives  qui restreignent les droits et libertés, les seconds sont pris pour cible car accusés de servir de sanctuaire voire de protecteur des mouvements terroristes.

 - la criminalité internationale, parfois lié au précédent, qui se développe autant dans certaines régions des pays les plus développés que dans les états dits faillis; qui s'appuient sur l'exploitation de multiples trafics, crée et développe une économie souterraine, favorise la corruption des élites gouvernements et administrations, et les  réactions sécuritaires comme ultime et extrême manifestation de la puissance coercitive de l'état.

 - l'épuisement des ressources et les déréglements dus à la surexploitation humaine  tel que la déforestation, la pollution des sources aquifères,  les inondations et érosion des terres dues aux interventions humaines.  

- les phénomènes migratoires, de nature économique, politique et climatique, qui vident des territoires de leur population, submergent les capacités  d'accueil des pays voisins, et conduisent à des politiques migratoires restrictives en Europe, en Australie et aux Etats-Unis.

- les conflits interétatiques et surtout intraétatiques; la première peut dégénérer en une confrontation régionale (les zones de tension se focalisant depuis des décennies sur l'Asie et le Moyen Orient), avec le risque de recours à des armes de destruction de masse; la seconde forme est devenue endémique  dans certaines zones (Afrique Europe et Asie Centrale, conduisant à de tragiques phénomènes d'extermination, des déplacements de population et la  destruction des infractures, qui conduisent à des états faillis, ou au mieux des anocracies minées par népotisme et corruption.                                               

- l'urbanisation croissante, qui entraîne des phénomènes de concentration humaine, problèmes sociaux, écologiques, de migration rurale, de  risques sanitaires, de déséquilibre des ressources en eau, nourriture, aide médicale et en énergie, et des risques de concentrationépidémiologiques;     en concentrant des populations pauvres et défavorisées attirées par le développement de grandes mégalopoles sans  politique urbaine à long terme et sans un programme social, on assiste à la  création de ghettos,  de zones péri urbaines insécurisés, en favorisant l'instabilité politique       et la montée en puissance des réseaux criminels. 


Risques uniquement liés à des causes naturelles (parfois aggravées par l'intervention humaine)

 - le changement climatique qui impacte humainement et économiquement les populations de régions entières ce phénomène complexe pourrait aussi être en partie lié à des déréglements provoqués par l'homme), le plus visible étant l'impact des fontes des glaces sur les zones insulaires et littorales; phénomènes susceptibles de mener à des séismes sociaux, économiques  et sanitaires à grande échelle; mais également les phénomènes de désertification et  d'accroissement des fréquences et intensité des typhons et tornades. 

 - les épidémies à l'échelle régionale et mondiale et leurs conséquences sur les structures sociales et sanitaires (il semble que dans certains cas l'intervention humaine est soit renforcer la résistance des souches virales soit a permis de nouvelles mutations d'un vecteur  animal vers l'homme).

 - l'épuisement des resources en énergie fossile, ou de certaines formes d'énergie et le passage vers des sources de substitution avec les effets de reconversion et de polution que cela entraîne (gaz de schiste extrait par fraction hydraulique, exploitation du charbon de lignite très polluant).

En conclusion quels sont les risques les plus menaçants, pour quels États et pourquoi?

Les changements climatiques qui entraînent des migrations, des épidémies et des risques de conflits et déstabilisation sociale dans les états menacés mais également par contagion les états voisins et les états de destination des migrants; ce phénomène me semble le plus menaçant car ils concernent des régions entières qui doivet mettre en place des politiques transfrontalières coordonnées. 

pour les gérer, et alors que ce risque concerne des régions faibles économiquement et aux structures étatiques instables et mal préparées (certaines régions d'Afrique comme la  Maurinanie,le Bénin, le Sahel, le Niger, le Nigéria; ou le Sri Lanka et des états d'Asie du Sud Est); le phénomène des migrations climatiques si il mobilise la société civile et scientifique ne fait pas encore l'objet des priorités des puissances mondiales que sont l'Union Européenne, les Etas-Unis ou la Chine, alors qu'elles s'y trouvent directement exposées. 

Le second danger me semble être le phénomène épidémique, malgré le développement des structures sanitaires et des moyens de mobilisation au niveau international, ce risque semble accentuée par l'urbanisation, le tourisme de masse, les migrations, sans compter les effest alarmants du renforcement de certaines maladies aux effets des traitrements médicaux, et aux nouvelles maladies apparues ces dernières décennies, et au retour d'anciennes maladies qu'on croyait éradiquées et présentant un risque d'infection accru. Ce risque se combinant à la multiplication des zones de conflit, des zones instables ou des zones soumises à des désastres climatiques, où les équipes de secours et les infrastructures médicales ont des difficultés à se déployer et à enrayer la propagation des maladies infectueuses.

 Les états plus développés semblent mieux à mêmes de combattre ces phénomènes pour trois raisons :

- leur structure étatique et institutionnelle forte et leur société civile (associations et ONG) développée, leur permettent une analyse des risques et des  politiques de contrôle de ceux-ci ci,et leur permet une mobilisation et une allocation de moyens et un déploiement des resources au niveau logistique, médical, financier et sécurité, 

- leurs capacités industrielle et économique, y compris dans la recherche appliquée; et militaires surtout de projection navale et aérienne, ce qui leur permet de se déployer à l'échelle mondiale et de combattre à distance une menace contre leur territoire, mais aussi dans la protection et le secours aux populations en cas de catastrophe climatique et épidémique sur leur territoire mais aussi dans les pays menacés

- et enfin leur poids et leur domination des instances internationales, malgré un basculement relatif versun monde plus équilibré, nous sommes toujours pour probablement une décennie dans un système créé et structuré après la deuxième guerre autour de concepts et institutions occidentales                       (incluant la Russie malgré son récent discours eurasiatique); ce qui va peser sur la politique et les priorités de ces institutions, et qui les verra favoriser   en cas de menace la protection de leurs intérêts en premier lieu. 

 

1 août 2014

Les empereurs byzantins - Léon III dit l'Isaurien

Léon III est une de ces figures majeures dans le destin de l'Europe et qui est pourtant un de ses oubliés de l'histoire. On lui préfére souvent parmi les rares Byzantins qu'on évoque parfois en Occident les figures plus tragiques du dernier empereur Constantin IX ou le législateur Théodose, mieux connu des étudiants de droit.

Pourtant Léon III, couronné empereur en mars 717, s'est révélé un grand diplomate et un grand stratège; assurant par mariage et alliances la stabilité de ses frontières occidentales, face aux Bulgares et aux Khazars, puis faisant en août 717 face à la menace de l'assaut sur Constantinople menée par les armées arabes de Masmala, le frère du calife Soliman; une formidable force estimée à près de deux cent mille hommes. Léon remporta une première victoire navale sur les escadres approchant de la Corne d'Or, et subit ensuite un siège de plusieurs mois; aussi pénible pour les assiégeants qui firent face aux rigueurs de l'hiver européen. Au printemps 718 une nouvelle escadre venue d'Egypte vint fermer le passage du Bosphore et débarqua des renforts qui compensérent les pertes hivernales. Mais Léon remporta une nouvelle victoire sur la flotte ennemie, notamment à l'aide du redouté feu grégeois. Débarquant ensuite sur la rive asiatique, les Byzantins écrasèrent l'armée de secours. Soutenu d'autre part par ses alliés bulgares, qui détruisirent une partie des forces arabes à proximité d'Andrinople. Masmala leva alors le siège à la mi août 718, et fit repasser l'Hellespont aux survivants de son armée réduit à moins de trente mille hommes. Les murailles de Constantinople devait ensuite rester inviolées pendant cinq siècles, jusqu'à la funeste quatrième croisade et aux sièges et sacs succcessifs de 1203 et 1204. 

La victoire de Léon III lors du siège de la capitale impériale, par son ampleur et ses conséquences futures (sans survie de l'Empire Byzantin, les balkans auraient été envahis six siècles avant l'expansion ottomane, et les croisades n'auraient bénéficié d'aucun appui logistique et militaire en Asie Mineure) portait un important coup d'arrêt à la fabuleuse aventure militaire des armées arabo-musulmanes des VII et VIII ème siècles. Ce fut une confrontation militaire bien plus fondamentale que la bataille de Poitiers de 732, qui se rapproche plus de l'interception d'un raid en territoire franc. Par ailleurs Léon III remporta encore une troisième victoire en 739, à Afyon Karahisar, repoussant les forces arabes de la partie est de l'Asie mineure. Ce grand homme de paix et de guerre disparu deux ans plus tard, laissant un empire stable et puissant à son fils Constantin.

 

 

 

 

 

 

 

Sources:

Les Batailles décisives du monde occidental - JC Fuller

The Grand Strategy of the Byzantine Empire - E Luttwak

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